Pour plus de 2 millions de travailleurs indépendants français, l’exaspération est à son comble. Ils s’apprêtent à manifester lundi contre leur propre régime de protection sociale: le RSI, le Régime Social des Indépendants.

près de 985.000 auto-entrepreneurs
près de 985.000 auto-entrepreneurs © reuters

Imaginez que vous êtes taxi et voilà que le régime censé vous verser votre retraite et vous indemniser si vous êtes malade vous réclame 5.000 euros. Nous sommes jeudi et vous leur dites « bah non ça me paraît bizarre c’est deux fois plus que mon chiffre d’affaires ». Rien à faire, le lundi suivant, le RSI vous réclame 15 000 euros supplémentaires.

Les demandes sont fantaisistes: vous ne les réglez évidemment pas. Viennent ensuite les relances par huissiers, les menaces de saisies… Une situation évidemment désagréable, stressante, et vous voilà tenté de mettre la clé sous la porte.

Il y a donc des dysfonctionnements graves dans ce RSI. Comment en est-on arrivé là?

A l’origine, il y a un gigantesque bug informatique. Une « catastrophe industrielle » comme l’a qualifiée la Cour des comptes il y a deux ans. Nous sommes en 2007.

Pour simplifier le système, le gouvernement décide de rapprocher le régime des indépendants avec les Urssaf (qui recouvre les cotisations sociales). Mais au moment de rassembler les fichiers: crash ! Voilà que les fichiers Ursaff écrasent les fichiers RSI. 3 semaines d’arrêt total de la machine. Et des années de données totalement perdues.

8 ans plus tard, la situation est sensée avoir été rétablie. Mais depuis toutes ces années, les réclamations les plus fantaisistes se succèdent : des pensions qui n’arrivent jamais, cauchemars pour obtenir une Carte Vitale, interdictions bancaires sans motif réel… etc.

Selon un sondage réalisé l’an dernier par le Syndicat des indépendants, 74% des indépendants ont été confrontés au moins une fois à un dysfonctionnement du RSI. Et pour couronner le tout, en 2009, les auto-entrepreneurs ont rejoint le système, histoire de le compliquer encore un peu.

Mais le RSI, a trouvé une solution: la sous-traitance. Une plateforme téléphonique pour répondre aux mécontents.

L’entreprise s’appelle H2A. Elle emploie des intérimaires qui ne connaissent pas les dossiers. Objectif : la quantité de réponses plus que leur qualité, ou comment rajouter au mécontentement des travailleurs indépendants. Ce qui n’a pas empêché l’Etat de renouveler son contrat avec cette société en janvier dernier.

Est-ce que finalement, il ne serait pas plus simple de rattacher les travailleurs indépendants au régime général de la Sécurité sociale?

C’est le bon sens, à première vue, mais ce n’est pas ce que veut la CGPME, Confédération des Petites et Moyennes Entreprises… parce que les cotisation coûteraient bien plus cher. Bruno le Maire a demandé à Claude Bartolone, le Président de l’Assemblée, d’ouvrir une mission d’information sur le sujet. On ne voit pas bien pourquoi. Il y en a déjà eu une l’an dernier.

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