L'Assemblée nationale
L'Assemblée nationale © CC Ma Gali

Depuis un mois maintenant, les groupes de pression (ils sont 6000 en France) doivent montrer patte blanche quand ils rentrent au Palais Bourbon, pour rencontrer les parlementaires.

Imaginez que vous êtes lobbyiste et que vous devez influencer un texte de loi. Par exemple, défendre les vertus nutritives du Nutella ou du Hamburger de chez Mac Do, faire baisser une taxe, promouvoir le gaz de schiste, faire connaître un médicament, rallonger les périodes de chasse… Bref, défendre vos intérêts particuliers contre l’intérêt général. Comment vous y prenez-vous ?

Un tuyau : vous déjeunez avec les parlementaires en charge du dossier, vous sympathisez, vous vous recroisez… Subtilement, vous faites passer vos idées et ensuite, vous obtenez l’amendement qui vous convient dans le projet de loi.

C’est pour protéger les députés de ce genre d’influence, que Claude Bartolone, le Président de l’Assemblée nationale, a décidé de durcir les conditions d’accès aux couloirs de l’Assemblée.

Fini le badge permanent avec accès illimité pour les groupes de pression ; il est désormais renouvelé chaque année et pour chaque visite après étude du CV. Les lobbyistes doivent aussi déclarer sur l’honneur par qui ils sont payés et qui ils rencontrent.

Une mesure qui fait grincer les dents de Thierry Coste, lobbyiste très connu, notamment chez les chasseurs et les pêcheurs :

Un peu de transparence dans l’activité de lobbying, c’est plutôt sain… Mais contreproductif, répondent les lobbyistes pour lesquels il vaudrait mieux que tout cela ne soit pas rendu public.

Quand un groupe d’intérêt a décidé de mettre toute son énergie dans une bataille, ils ne veulent pas surtout pas que le concurrent le sache, a fortiori en regardant tout simplement le site de l’Assemblée nationale.

Les lobbyistes proposent dabord que ces informations restent au bureau du Palais Bourbon et ne soient pas accessibles à tous.

Ensuite, que la France fonctionne comme le Parlement européen où les groupes de pression ont un accès libre aux parlementaires. Il y a un bar très connu pour ça toutes ces rencontres informelles au Parlement européen de Bruxelles : le Mickey Mouse bar, un nom ludique pour un lieu de pouvoir bien réel. Enfin, ils demandent aux parlementaires de balayer devant leur porte :

  • qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt chez eux

  • que d’ex ministres ne jouent pas de leur entregent de manière floue

  • et que les conseillers des cabinets ministériels n’aient pas aussi une autre casquette dans une société quelconque.

Les associations de citoyens regardent évoluer le débat avec attention. Il exist e des groupes de surveillance de plus en plus actifs, notamment au Parlement européen. Lobbyplag.org, par exemple, s’est amusé à récupérer les listes d’amendements proposés par les députés européens et repérer les copier coller avec les textes issus de grands groupes comme Amazon ou Facebook, tout cela sur la question très sensible des données personnelles.

Mais ce qu’une association comme « Regards citoyens » déplore avant tout en France, c’est que ce fameux registre sensé répertorier les lobbys ne soit pas obligatoire.

Pour l’instant, tout se fait sur la base du volontariat.__

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