Au Brésil, on s’apprête à donner son feu vert pour disséminer dans l’environnement le premier moustique OGM au monde. Fabriqué par une firme britannique, ce nouvel insecte aura une mission: éradiquer la dengue.

Le moustique
Le moustique © Radio France / F.Lamiot, Wikimedia

Vous pouvez mettre au placard votre citronnelle, votre tapette, votre raquette électrique et autre serpentin incandescent. Voici 0X 513 A.

Au départ, c’est un moustique de la race des Aedes Aegypti, mais programmé pour éradiquer ses congénères. Voici comment.

A la manœuvre, vous avez OXITEC, une entreprise britannique liée au géant agrochimique Syngenta.

A la naissance des moustiques, la firme prend les mâles et détruit toutes les femelles. Elle introduit ensuite dans leur organisme un gène supplémentaire, qui les rend dépendant à un antibiotique: la tétracycline. Sans cet antibiotique, le moustique meurt. A l’âge à adulte, on le lâche dans la nature, et il va se reproduire avec des femelles « sauvages ».

Sauf que leur progéniture - entre cinq cents et mille œufs à chaque ponte- sera elle aussi dépendante à la tétracycline. Autant dire qu’elle n’aura aucune de chance de survie. Alors sur le papier, c’est rémunérateur pour l’entreprise et bénéfique pour l’homme, mais Alain Bougrain-Dubourg , grand défenseur des animaux… préfère mettre en garde contre ce genre de manipulation :

Le Brésil va donc prendre le risque d’introduire ce moustique dans son environnement. L e pays va sans doute lancer une opération d’envergure. Et en grande partie en prévision de la coupe du monde de football. En juin et en juillet, la prévalence du virus sera à son maximum et il n’existe aucun traitement spécifique contre la dengue. Aucun vaccin, contre cette fièvre hémorragique qui vous terrasse et provoque la mort. Or, au Brésil, on compte aujourd’hui 1 million 400 000 cas, chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé…545 personnes en sont décédés l’an dernier, c’étaient 120 000 en 2008.

A Brasilia, la Commission technique nationale de biosécurité (l’équivalent du Haut Conseil sur les Biotechnologies en France) a donc donné son aval pour un lâché de moustiques il y a trois semaines, presque à l’unanimité: 16 voix contre 1.

Avant la dissémination générale: il reste encore une « étape », ou un « garde fou » selon la manière dont on voit les choses, dans moins de deux semaines: l’Agence Nationale de Surveillance Sanitaire doit donner elle aussi son avis.

De façon générale, l’Amérique est plus libérale que l’Europe en la matière. Que ce soit en Amérique du Nord ou en Amérique du sud, il n’existe pas de norme OGM. Les manipulations sont donc autorisées.

Et il se pourrait que le moustique 0X 513 A soit même le premier d’une longue série d’insectes et même d’animaux transgéniques. Le saumon OGM américain est en préparation dans un laboratoire américain… Il porte déjà un joli nom: le Frankenfish.

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