Pour les hôteliers, l’Euro de Foot qui commence vendredi aurait dû être une période faste. Au contraire, disent-ils. Devant la concurrence des sites de location de vacances, la profession a décidé de se rebeller. Et la méthode est originale.

Ce n'est pas une manif, pas une grève, pas une tribune dans un journal ou une Nuit Debout dans un palace… Rien de tout ça.

Les hôteliers ont décidé de pratiquer un « gel fiscal ».

Comment ça se passe un gel fiscal ?

Au lieu d’envoyer les taxes de séjours qu’ils auront collectées du 10 juin au 10 juillet au Trésor Public de Bordeaux, de Paris, de Saint Denis, de Lyon, bref, neuf des dix villes qui accueillent les matchs de l’Euro, et bien ils vont se les garder pour eux, les chèques.

Attention : ils seront libellés comme ils se doit à l’ordre du Trésor Public, mais conservés au chaud, dans les coffres de l’UMIH, l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie.

Impôt sous séquestre en quelque sorte qui devrait selon les hôteliers, priver les caisses des collectivités locales de sept millions cinq-cent mille euros, la recette fiscale de l’Euro 2016.

On se dit que s’ils doivent autant en taxe de séjour c’est que les affaires doivent marcher quand même. Non, ce n’est pas ce que dit la profession. Il existe 13 500 hôtels en France.

Pendant l’Euro de Foot, ils ne seraient remplis qu’à 50%. À cause de qui ?

À cause d’Air BnB, et de façon plus large de tous les sites de location de vacances.

L’idée du chèque rangé au frigo est donc la suivante : comparer le chèque de taxe de séjour signé par les hôteliers avec celui signé par lesAir BnB et compagnie. Et démontrer que les hôteliers seraient les dindons de la farce.

Parce que même si la loi oblige l’économie collaborative à déclarer ses locations et donc à régler ses taxes de séjour, les hôteliers traditionnels jugent que les comptes n’y sont pas.

Que les sommes déclarées par les plateformes le sont au doigt mouillé, sans que personne ne vérifie vraiment les déclarations.

Et l’objectif final pour les hôteliers il est simple : faire baisser leur taxe de séjour et augmenter celle d’Air BnB

Argument : la taxe de séjour sert à développer le tourisme dans nos régions. Pas question qu’on soit les seuls à faire l’effort. Pour l’instant, les hôtels dénoncent deux poids, deux mesures : les loueurs privés passeraient tranquillement à travers la passoire fiscale. Quand les hôteliers, eux, auraient droit aux fonctionnaires tatillons.

Le rêve de la corporation des hôteliers c’est donc d’un numéro d’enregistrement pour tous.

En particulier pour celui ou celle qui loue sa maison et son appart plus de 120 jours par an. Et plus de fonctionnaires pour collecter l’impôt aussi. Et que le tout soit bien écrit noir sur blanc dans la loi sur l’économie numérique qui passe en commission mixte paritaire le 29 juin prochain.

Dernière question : pourquoi les impôts sont collectés dans neuf des dix villes?

Parce qu’à Lens, il n’y a pas de taxe de séjour ! Parce que la ville a été décrétée NON touristique.

Et visiblement pas apte à développer le tourisme.

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