En Chine, l’opération anti-corruption lancée par les autorités a eu une conséquence inattendue et surprenante en France: la chute spectaculaire des ventes de cognac.

Les tonnelleries Vicard à Cognac
Les tonnelleries Vicard à Cognac © MaxPPP / Olivier Blin

Un verre de cognac en moins, ça va, mais quand ça se compte en milliers de bouteilles en moins, bonjour les dégâts.

En Chine, le cognac était LA boisson tape à l’œil des bars à hôtesses et des clubs des karaokés qui prospéraient dans le sud du pays. Selon le cabinet d’études Euromonitor, 27 millions de litres de cognac auraient été écoulés en Chine en 2012.

Mais ces trois derniers mois, la vaste opération de blanchiment menée par le Ministère de l’intérieur chinois a conduit à la fermeture de 2400 clubs.

Sans compter que la bouteille de cognac, c’est aussi celle qui permet aux hommes d’affaires peu scrupuleux de graisser la patte des hommes qui comptent, des clients en or pour les fabricants français.

François Méry, des Cognac Méry, petit producteur à Cognac, a vu baisser son chiffre d’affaire de 50% soit 60 000 euros. Depuis plusieurs mois maintenant, son distributeur en Chine ne parvient plus à écouler la marchandise :

Les petits fabricants de cognac sont touchés, mais les grandes maisons aussi.

Pour Cointreau, par exemple, le coup a été particulièrement rude. La marque connue pour sa bouteille de cognac Louis XIII à 2000 dollars avait réussi à gagner 20% des parts de marché en Chine. L’impact de la lutte anticorruption a été immédiat: ses ventes au pays du Soleil Levant ont baissé d’un tiers en avril.

Même trou d’air pour Pernod Ricard : ses ventes ont plongé de 21% en Chine ces 9 derniers mois, son chiffre d’affaires a baissé de 7% sous la barre des 6,2 milliards d’euros, une contre-performance inédite sur le marché des pays émergents.

La situation est critique pour les producteurs français, même si les gros producteurs ont largement de quoi se retourner.

En ce qui concerne Pernod Ricard, par exemple, il a pu compenser la baisse de ses ventes chinoises grâce à une progression des achats aux Etats-Unis et en Amérique du Nord. En Europe aussi, la consommation a régulièrement augmenté dans les pays de l’Est (+ 9%) ce qui a permis un rééquilibrage.

Résultat : rien d’alarmant pour Pernod. Son bénéfice annuel a même progressé de 1 à 3%.

Pour les petits producteurs moins diversifiés, la phase est plus critique. L’objectif de la plupart d’entre eux est de changer de clientèle chinoise : passer des riches hommes d’affaires chinois corrompus à la classe moyenne et honnête, éventuellement!

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