On se souvient de celui qui était notre collègue, notre ami, mais il faut aussi brosser son portrait économique : comment résumer la pensée d’Oncle Bernard ? Keynésien, décroissant et houellebecquien : voilà trois mot qu’on pourrait avancer.

Keynésien, d’abord, car il était très attaché aux théories de l’économiste John Keynes

Bernard Marris avait voulu étudier l’économie pour comprendre le monde, mais il a été très déçu : c’est ce qui l’a conduit à lire Keynes, Marx, Galbraith, et beaucoup d’auteurs qui ne sont pas lus aujourd’hui par les économistes.

Que signifie être keynésien en 2015 ? C’est avoir la conviction qu’il faut raisonner de façon globale, macro-économique, ne pas se placer du point de vue de l’individu. Les économistes libéraux estiment que l’individu est rationnel et ont tendance à tout analyser en partant de là. Bernard Maris, lui, préférait s’intéresser au « mouvement de foule ». Être keynésien, c’est réfléchir sur le capitalisme de façon générale, sur sa dynamique et ses insuffisances. Penser, aussi, à ce que l’État peut apporter, à ce qu’il doit faire lorsque le secteur privé est défaillant, en termes d’investissements ou de création d’emploi.

La pensée de Bernard Maris s’est construite contre celle des économistes orthodoxes. D’ailleurs, il estimait que l’économie n’était pas une science, mais plutôt une idéologie !

Christian Chavagneux, éditorialiste à Alternatives Economiques est du même avis :

Maris le décroissant

Il était convaincu que la croissance n’était pas une fin en soi. « Écologiste décroissant », disait-il. D’ailleurs sa dernière chronique, dans Charlie Hebdo de cette semaine, est une diatribe contre Ségolène Royal après la suppression de l’écotaxe. « Rappelons que l’écotaxe a été votée à la quasi-unanimité des députés », écrivait-il. « En tremblant devant les routiers, la ministre de l’Ecologie dit merde à la démocratie. »

Bernard Maris
Bernard Maris © Radio France /

Bernard Maris, un penseur houellebecquien

« Aucun écrivain n’est arrivé à saisir comme Houellebecq le malaise économique qui gangrène notre société », écrivait Bernard Maris dans un livre intitulé Houellebecq économiste . Il y a d’ailleurs dans La Carte et le Territoire , roman de Michel Houellebecq, un personnage de prof d’éco, Hélène, qui est convaincue que l’économie n’est pas une science, pas non plus un art, ce n’est en définitive à peu près rien du tout. Hélène, écrit Houellebecq « a passé sa vie à enseigner des absurdités contradictoires à des crétins arrivistes ».

Oncle Bernard avait signé dans Charlie du 17 décembre une chronique titrée « Heureux comme un pays sans économiste ». « Si vous voulez sombrer dans une profonde déprime, écrivait-il, il faut écouter les économistes. Existe-t-il quelque chose de plus antipoétique, de plus opposé au bonheur que l’économie ? »

> Ecoutez la chronique de 7h50 hommage à Bernard Maris

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