Seulement 3% des hommes prennent un congé parental
Seulement 3% des hommes prennent un congé parental © BEP/OUEST-FRANCE

Une chercheuse de l'OFCE (l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques) dénonce les effets pervers du congé parental sur l'évolution professionnelle de toutes les femmes, y compris celles qui ne le prennent pas et ce, même après le passage de la loi sur l'égalité homme femme au Sénat.

En fait, le congé parental est bien mal nommé. Si on regarde les chiffres, on devrait le rebaptiser « congé maternel ». Parce qu'en France, 2% d'hommes le prennent, contre 98% des femmes.

Le principe: l'un des deux parents met sa vie professionnelle sur pause, ne touche plus son salaire et reçoit une allocation (jusqu'à 566 euros par mois s'il cesse toute activité).

Pour la chercheuse Hélène Périvier, de l'OFCE, ce congé parental n'est, bien sûr, pas responsable à lui seul des inégalités hommes-femmes, mais il en est l'un des principaux moteurs. T out simplement parce qu'aux yeux d'un employeur, une femme, qu'elle prenne un congé parental ou pas, qu'elle ait des enfants ou pas, sera toujours susceptible d'en avoir, de prendre ce congé, bref, de s'absenter ou d'être moins investie. Et ça, ça se paye.

D'où les conséquences que l'on connaît en termes d'écart de salaire et de plafond de verre.

La modification du congé parental par Nadjat Vallaud-Belkacem peut-elle changer la donne ? C'est un début, salue Hélène Perivier. Mais, dit-elle, ça ne va pas changer grand chose. Petit rappel de ce qui change: le congé parental, actuellement de trois ans maximum, est raccourci à deux ans et demi si le deuxième parent ne le partage pas avec l'autre en prenant les 6 derniers mois. Or récemment une enquête IPSOS pour le compte de l'UNAF (l’Union Nationale des Associations Familiales) a indiqué que les pères ne prendraient pas ces 6 mois pour « ne pas mettre en danger leur sécurité et leur identité sociale professionnelle ».

Alors, même si le panel utilisé par l'enquête est très discutable (24 pères interrogés en mois d'une semaine en juillet dernier), il est quand même révélateur d'un état d'esprit.

Qu'est-ce qui bloque ? Les pères de l'enquête invoquent les incertitudes de carrière une fois de retour à leur poste, ainsi que les difficultés financières. Ils insistent aussi sur le casse-tête de la garde entre 2 ans 1/2 et 3 ans. La question qu'ils posent est en substance: aucune assistante maternelle ne voudra de mon enfant pendant 6 mois seulement ; c'était quand même bien plus simple qu'il reste avec sa mère jusqu'à la maternelle.

Quelles sont les solutions ? L'idéal, toujours selon Périvier, serait un congé parental plus court, et mieux rémunéré.

Et puis, toujours selon la chercheuse, il faut accompagner cette politique d'un accueil massif des jeunes enfants, alors qu'il manque aujourd'hui, en France 350 000 places de crèche.

L'ensemble du dispositif coûterait alors 5 milliards d'euros par an. Mais comme on le sait, ces dépenses ne sont pas à l'ordre du jour.

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