Aujourd’hui, le Canard Enchaîné ne fête pas ses 100 ans. Le premier numéro est bien né le 10 septembre 1915, mais c’était un faux départ. La vraie date anniversaire, revendiquait le journal en Une il y a une semaine, ce sera en juillet 2016. L’occasion de se pencher ce matin sur le modèle économique d’un OVNI dans le paysage de la presse française.

Après tout, 99 ans ou 100 ans, on ne va cancaner, «la liberté de la presse ne s’use que si on ne s’en sert pas », nous rappelle leCanard toutes les semaines en quatrième de couverture.

Et l'on peut dire que quand l’oiseau vole dans les plumes du pouvoir, ça lui rapporte gros. Résultat net l’an dernier : sans un seul encart publicitaire, 2,4 millions d'euros. Des bénéfices qui ne rémunèrent pas les actionnaires, car les actionnaires sont les journalistes eux-mêmes. Des journalistes qui ont toujours décidé de faire des réserves.

Et c’est ce trésor de guerre qui a permis au Canard Enchaîné de faire son nid à deux pas du Louvre, dans un immeuble qui lui appartient. Trois cents mètres carrés bourrés d’histoires et d’archives, entièrement remboursé.

Mais dans le contexte actuel de crise de la presse écrite, est-ce que le papier continue de se vendre si bien ?

Avec 389 567 exemplaires par semaine en moyenne et 76 000 abonnements, ce nest pas mal, même si récemment, les compagnies aériennes ont résilié leur contrat payant. Dix-huit contrats en moins ce n’est pas indolore.

Mais l’année a été émaillée de scoops qui ont refait décollerLe Canard régulièrement. C’est quand Le Canard Enchaîné a volé dans les plumes d’un autre oiseau, Thierry Lepaon, qu’il a vendu le plus.

Avant ça, on se souvient des vacances en Tunisie de Michèle Alliot-Marie, les frais de bouche du couple Chirac en 2002. Autant d’enquêtes qui ont toujours permis au palmipède de conserver un territoire, même face à l’émergence de sites comme Médiapart.

Le Canard Enchaîné refuse envers et contre tout la numérisation et les réseaux sociaux : une stratégie suicidaire ? La position n’est plus aussi tranchée. LeCanard réfléchit à une migration sur le net avec une édition numérique payante, ce qui permettra de conserver ses 57 journalistes et son solide réseau d’informateurs.

Donc, le caneton de 1915 – enfin, de 1916 – pourrait bien avoir encore de beaux jours devant lui et encore de belles noix d’honneur à décerner.

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