Congés Maladie en augmentation, burn-out, addictions en tous genres… Les cadres seraient en proie à un malaise grandissant. C’est ce que démontre un jeune sociologue, Denis Monneuse, dont l'ouvrageLe silence des cadres : enquête sur un malaise , sort la semaine prochaine.

Burn Out
Burn Out © Justin Paget/CorbisRadio France

La première réflexion qui vient à l'esprit en refermant ce livre, c'est qu'aujourd'hui, être en contrat précaire ou au chômage n'est peut-être pas le pire des échecs professionnels.

Le tableau dressé par Moneuse après avoir interviewé 200 cadres et dirigeants de grandes entreprises françaises, dont certaines du CAC40, le conduit à inverser cette image d'Epinal:

Cadre = réussite sociale, assise personnelle et confort matériel.

Ce serait même tout le contraire. Certes, ce ne sont jamais les cadres qui menacent de séquestrer leurs patrons ou de faire sauter leur usine. Mais ils vont mal, et il y aurait une vraie souffrance à prendre en compte, d'autant qu'aujourd'hui, les cadres représentent une population de 4,2 millions personnes.

Ce qui génère cette souffrance, c'est d'abord l'image de soi, la perte de prestige. Quand vous étiez cadre dans les années 1960, vous aviez de quoi vous distinguer d'un ouvrier. Votre salaire était 4 fois supérieur.

En 2013, il n'est que 2,7 fois plus important, alors que votre implication, votre disponibilité doivent être totales.

Ces dernières années, le cadre est la catégorie socio professionnelle qui a vu ses revenus augmenter le moins.

Aujourd'hui, 55% d'entre eux se jugent mal payés, au regard de leur investissement.

Mais le malaise vient essentiellement du fonctionnement en interne : le cadre ne tient plus le manche dans le rapport de forces. Ce sont les actionnaires et les dirigeants qui ont pris le pas sur les managers et les salariés, et de nombreux cadres se sentiraient donc moins écoutés au sein de l'entreprise.

Les conséquences de ce malaise sur la vie des cadressont assez calamiteuses.

D'abord, c'est leur vie personnelle aspirée par la vie professionnelle (70% estiment que le stress au travail joue un rôle direct sur leur vie sexuelle).

Mais aussi les addictions en tous genres: les drogues dures sont de plus en plus utilisées pour passer un cap difficile au travail (la cocaïne, par exemple). Les nouvelles technologies sont également source d'addiction (vérification compulsive de ses mails).

Mais la traduction directe du malaise, ce sont les congés maladie. Le nombre de jours d'absence des cadres pour cause de pathologie a augmenté de 11% entre 2010 et 2012, soit 10 points de plus que pour les autres salariés. Et ce serait même devenu un mode de fonctionnement, les cadres n'hésitant plus à poser des congés maladie pour tenir le rythme.

Certains médecins commencent à tirer la sonnette d'alarme.

Ensuite, il y d’autres issues : des cadres trouvent des portes de sortie dans l'économie sociale et solidaire, dans la construction de leur propre entreprise.

Monneuse, lui, prône une vraie fluidité du marché du travail pour éviter les cadres qui dépérissent au placard et s'enlisent dans une sécurité qui n'a plus beaucoup de sens pour eux.

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