Les géants des nouvelles technologies qui rivalisent de moyens pour construire des sièges pharaoniques et laisser une trace de leur succès dans l’histoire. Une volonté de grandeur qui, selon certains économistes, devrait plutôt nous inquiéter.

« 2001 l’Odyssée de l’Espace » : vous vous souvenez de la station spatiale, ce grand anneau lisse qui flotte dans l’espace ? C’est à cela que va ressemblerle prochain siège d’Apple dessiné par l’architecte Lord Foster. Il est actuellement en construction à Cupertino en Californie. Et le projet est faramineux : 260 000 m², 4 étages pour loger 12 000 salariés, 6 km de panneaux de verre, et 65 000 m² de panneaux solaires. Coût total de cette œuvre colossale: 5 milliards de dollars soit juste 2 milliards de plus que ce qui était prévu au départ.

Facebook, Google ou encore Amazon sont aussi en plein chantier. Facebook a confié les plans de son futur siège à l’un des architectes les plus renommés: Frank Gehry, qui a réalisé le musée Guggenheim de Bilbao recouvert de titane. Il prépare un bâtiment conçu comme une ville, de l’autre côté de la baie de San Francisco. Et le projet était si démesuré que Facebook a eu un accès de pudeur et proposé de le recouvrir de végétation pour un peu plus de discrétion.

Autre exemple : Google, toujours dans la région de San Francisco. Cette fois, c’est un QG en forme de boomerang.

Enfin, Amazon : trois pâtés de maison à Seattle, et trois dôme transparents comme des bulles de savon. Vous le voyez, ces sièges sociaux sont en quelques sorte les pyramides des temps modernes.

Normalement, des projets ambitieux sont plutôt le signe de la bonne santé de ces entreprises. Mais la bonne santé aujourd’hui n'est pas forcément celle de demain.

C’est justement ce qu’un analyste d’une grande banque britannique, Andrew Lawrence, vient de démontrer. Selon lui, il y aurait, dans l’Histoire, un lien entre les constructions toujours plus hautes et les krachs financiers. Il en a fait une théorie « le skyscraper index » : « l’indice des gratte-ciels ».

Démonstration : l’inauguration de l’Empire State Building et du Chrysler Building en 1929, en plein krach de Wall Street.

Les Tours Petronas à Kuala Lumpur, en Malaisie, à l’époque les plus hautes du monde avec leur 452 mètres ? Fin du chantier, en 1998 : boum, la crise asiatique.

Dernier exemple, plus proche de nous : le record de tous les gratte-ciels, toujours plus haut et toujours plus fort à 830 mètres, le Burj Khalifa à Dubaï : dernière pierre posée en 2010. Et paf ! Effondrement du marché immobilier à Dubaï.

Cette théorie a été confirmée par d’autres économistes , notamment de l’école autrichienne. Le cycle est le suivant : quand les taux d’intérêt sont bas, les entreprises investissent dans des technologies de pointe. Pour maximiser l’investissement, les entreprises vont construire en hauteur, et l’orgueil fait le reste. Il s’agit de construire LA tour. Sauf qu’une fois la construction achevée, les immeubles sont difficiles à remplir. Les taux remontent et les propriétaires de gratte-ciel se retrouvent étranglés.

Dans quelle zone géographique faut-il s’attendre à de nouveaux krach ? J e vous rassure, la bonne nouvelle, c’est qu’en ce moment, personne n’essaie de faire plus haut que la tour de Dubaï. En revanche, la folie des grandeurs sévit en ce moment dans deux pays en plein boom économique : la Chine et l’Inde. A bon entendeur…

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