C’est un rapport inattendu que vient de publier la prestigieuse London School of Economics, intitulé: « mettre un terme aux guerres de la drogue » et dans lequel les auteurs remettent en cause la prohibition.

l'arrestation du baron mexicain de la drogue ne résout pas tout
l'arrestation du baron mexicain de la drogue ne résout pas tout © reuters

Imaginez un champ de pavot : vous voyez les belles fleurs rouges ? Dans ce champ, un militaire, au premier plan, un enfant armé d’une kalachnikov. Cette image, c’est celle que vous trouvez en couverture de ce rapport de la London School of Economics.

C’est précisément cette image, celle de l’armée luttant contre la production de drogue, que les économistes rédacteurs de ce rapport ne veulent plus voir.Selon eux, la guerre contre la drogue aurait fait plus de dégâts que la drogue elle-même : une guerre à 1.000 milliards de dollars ces dernières années, ont-ils calculé. Un puits sans fond. Les cartels s’enrichissent, les règlements compte les assassinats font partie du quotidien, les prisons sont presque pour moitié remplies de dealers. Et les victimes de la consommation drogue sont toujours aussi nombreuses. Le bilan en terme de santé publique est lui aussi calamiteux.

Résultat, concluent, pragmatiques, nos économistes: aux gouvernements d’arrêter les frais d’une politique qui n’a jamais démontré son efficacité.

La demande est donc à contre courant. Lors de la présentation de ces travaux présentés la semaine dernière à Londres, les auteurs savaient que leur propos feraient du bruit, d’autant plus qu’il a été écrit par 21 professeurs émérites et cautionné par plusieurs prix Nobel d’Economie: Vernon Smith, Kenneth Arrow, Oliver Williamson :

Pour abolir la prohibition, les arguments des économistes reposent simplement sur des chiffres : 300 milliards, c’est leur évaluation du marché parallèle de la drogue. Un marché noir dont 2 pays sortent grands gagnants en termes de « PIB au noir » si l’on peut dire: l’Afghanistan et le Mexique.

Ensuite, disent les économistes, si un pays décide de durcir la répression,la criminalité déménage à chaque fois chez le voisin . Par exemple: quand la Colombie a changé ses lois en 2007, le nombre de meurtres a bondi de 20% au Mexique.

Enfin, la guerre contre la drogue coûte cher également dans les pays qui ne sont pas producteurs : à travers le monde 40% des personnes incarcérées le sont au motif de la drogue. Les experts disent aux gouvernements de soutenir les politiques publiques qui marchent, qui ont fait leur preuve: allouer les fonds aux produits de substitution, organiser la distribution de seringues propres….

Là encore, les économistes ont fait leur calcul: 1 dollar investi dans les traitements de substitution permettrait d’économiser 27 dollars à la société (rien qu’en matière de santé par exemple).

Certains exemples sont convaincants, argumentent-ils. Prenez l’Etat américain du Colorado qui a légalisé le cannabis. Sa vente et sa consommation : cela lui a rapporté 3,5 milliards 500.000 dollars en impôts.

Et puis d’autres pays viennent de faire le pari de la légalisation.

En Uruguay, par exemple, la culture et la vente de Marijuana sont maintenant légales depuis une semaine. Les consommateurs de cannabis – âgés d'au moins 18 ans, résidents en Uruguay et inscrit sur un registre d'utilisateurs – pourront désormais acheter 10 grammes de marijuana de manière hebdomadaire. Tarif public: moins d’un dollar le gramme. C’est 5 fois moins qu’au marché noir.

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