arrestation à londres d'un trader d'ubs
arrestation à londres d'un trader d'ubs © reuters

En Grande Bretagne, une question fait rage après la publication d'un rapport parlementaire : faut-il supprimer les bonus des traders dans les banques qui ont reçu une aide financière de l'Etat ?

La réponse de la Banque d'Angleterre n’a pas tardé : pas question de toucher aux bonus des traders, c'est une atteinte aux Droits de l'Homme, dit cette banque qui coiffe les autres et qui est en charge de la régulation en Grande Bretagne.

Alors c'est vrai, on a vu aucune organisation internationale prendre à bras le corps cette noble cause à Oslo la semaine dernière quand il a fallu décerner le Prix Nobel de la paix. Et pourtant, la population des traders est bien une population en souffrance. En témoigne cette enquête réalisée par Selby Jennings, un cabinet de recrutement spécialisé dans les services financiers : 2/3 des banquiers londoniens se disent maltraités, 64% des banquiers de la City étaient mécontents de leur rémunération en 2012.

Ce mécontentement était-il justifié, sachant que l'année dernière, les 3/4 des traders ont perçu un salaire annuel fixe supérieur ou égal à 57 300 euros .

Quant aux 25% restants, ils ont gagné 114 500 euros. C'est le fixe bien sûr. On ne parle pas de la part variable. C’est là que le choc a été le plus terrible: les bonus distribués en 2012 n'ont été QUE de 4,4 milliards de livres, soit deux fois moins qu'en 2008 : pic absolu à 11,5 milliards.

Et je ne parle pas des 20% d'entre eux qui n'ont perçu aucun bonus. "L'excellence n'est pas récompensée " déplorent les courtiers.

D’ailleurs, le gouvernement britannique est prêt à aller plus loin encore, jusqu'à les mettre en prison quand ils ont perdu des millions de manière inconséquente. Et ce n'est pas une proposition du Jean-Luc Mélenchon britannique, non. Qui est derrière cette idée révolutionnaire ? Le très conservateur chancelier de l'Echiquier et très ami de la City: George Osborne.

Il suggère de rajouter la notion de "gestion irresponsable" dans le droit britannique, ce qui permettrait de traîner les banquiers au pénal. Objectif dit Osborne: "faire réfléchir".

Utile, en effet, quand on sait que c'est le contribuable britannique qui a épongé les pertes des 4 plus grandes banques du royaume : 82 milliards d'euros rien que pour la Royal Bank of Scotland et la Loyds.

Pourtant, le gouvernement britannique refuse de plafonner les bonus. C'est un projet de Bruxelles qu'Osborne vient d'attaquer avec force. Son argument est le suivant: si on baisse les bonus, c'est le fixe des traders qui va augmenter, ce qui aura encore plus d'effets pervers. Mais en fait, sa contradiction n'est qu'apparente. Ici, il ne défend pas les banquiers, il défend le rang de la City de Londres. Londres qui n'est plus que la deuxième place financière au monde derrière New York.

Pour rester compétitive, il faut donc que la City reste attractive pour les meilleurs traders. La Banque d'Angleterre a donc sans doute marqué un point. Il va peut-être falloir penser à rajouter une ligne à la déclaration universelle des Droits de l'Homme: « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits à la spéculation ».

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