Alors que la loi santé est débattue actuellement au Sénat, l’Eco du matin se penche sur l’un des facteurs qui creuse le trou l’Assurance maladie depuis plusieurs années: les arrêts de travail (6,3 milliards d’euros entre 2000 et 2011).

Pourquoi ales arrêts de travail son-ils aussi nombreux et fréquents ? Parce que les médecins sont devenus complaisants. C’est du moins ce que conclue un jeune sociologue, Denis Monneuse, qui vient de rendre une étude très fouillée sur la question dans la revue Négociations.

Une étude qui nous amène à la conclusion suivante: l’arrêt maladie n’est plus une injonction du médecin tutélaire dont on respecte la parole. Dans 20% des cas, c’est le patient qui réclame son arrêt de travail et en suggère la durée . Dans 35% des cas, l’arrêt est l’issue d’une négociation, une négociation basée plus souvent qu’il n’y paraît sur la fiction, dénonce Denis Monneuse.

Visite médicale chez un médecin généraliste : des patients dans une salle d attente (août 2014)
Visite médicale chez un médecin généraliste : des patients dans une salle d attente (août 2014) © Vincent Isore/IP3/MaxPPP

Certes, le médecin peut refuser les exigences du patient. Mais ce n’est pas ce qui se passe dans le cabinet du médecin.

D’abord parce que dans la plupart des cas, la douleur est difficile à évaluer: comment savoir à quel point une migraine, un mal de dos font souffrir? Impossible.

La relation est basée sur la confiance.

Mais surtout, le médecin, explique le sociologue, n’est pas formé pour mener ce genre de négociation. Tout simplement parce qu’il ne connaît pas le monde de l’entreprise d’une part. Et d’autre part, parce qu’il a reçu une formation technique. Résultat : 75% des médecins se disent mal à l’aise dans ces transactions des jours d’arrêt…

Sans compter qu’ils sont encore moins à l’aise dans les régions où ils sont nombreux. Quand la concurrence entre confrères est rude, ils vont avoir tendance à plier plus facilement.

Il y a quelques années, trois autres chercheurs, Ben Halima, Debrand et Regret ont dressé la carte de France des arrêts maladie. Leur conclusion était sans appel.

Ne pourrait-on mettre en place des barèmes ? Si, avec une moyenne à peu près logique. Surtout que pour l’instant, la Caisse Nationale d’Assurance Maladie préconise entre 3 et 84 jours pour une entorse au poignet, entre 7 et 42 pour 3 à 4 côtes fracturées selon l’âge, l’emploi et la sévérité du mal.

Pour avoir une sorte de grille plus lissée, la CNAM a donc saisi la Haute Autorité de santé, qui a rendu sa copie il y a une dizaine de jours. Copie vierge: « Nous ne disposons pas d’éléments assez pertinents pour nous prononcer sur des durées indicatives. »

Ce qui est sûr, c’est que les salariés de la Haute Autorité de Santé vont difficilement se faire arrêter pour surmenage!

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