Questions sur les modes de financement du groupe Daech. Sans le savoir, nous contribuons peut-être à la fortune des djihadistes.

Ce sont peut-être les tee-shirts portés par les victimes de vendredi qui ont financé les armes qui ont servi à les tuer.

Après les tee-shirts Made in China ou Made in Bangladesh, les tee-shirts Made in Daech. Comment ?

Parce que le groupe État Islamique a fait main basse sur une grande partie de la production syrienne de coton. Environ 80% de ce qui est cultivé dans les provinces de Raqqa, Deir Ez-Zor et d’Hasaka, au Nord et à l’Ouest de la Syrie reviennent dans la poche des terroristes. Sur un euro de coton vendu, l’agriculteur reverse 10% à Daech .

Un membre de Daech agite un drapeau à Raqqa
Un membre de Daech agite un drapeau à Raqqa © Reuters

Ensuite, les balles de coton sont écoulées en Turquie, depuis quelques temps sous le manteau, car officiellement, c’est interdit : tout bénéf’ pour les grossistes turcs, qui l’achètent en contrebande 20 à 30% moins cher que le prix du marché.

Ensuite les Turcs, deuxième fournisseur de textile de l’Union européenne après la Chine, distribuent leur stock aux 28 pays membres. Dans quelles mailles le retrouve-t-on? Evidemment, c'est très difficile à tracer.

Le coton rapporterait à Daesh un peu plus de neuf millions d’euros par an, c’est-à-dire 1% à peine des ressources de l’État Islamique. Donc pas l’essentiel.

En réalité, le coffre-fort de Daech depuis maintenant plus d’un an, se situe à Mossoul, en Irak. C’est ce qu’expliquait hier François Géré, le Président de l’IFAS dans Le 5-7 sur France Inter :

Et ce système bancaire est lui-même alimenté en détournant notamment la Zakat , l’argent de l’aumône, en prélevant des taxes sur les salaires des fonctionnaires, en exploitant le pétrole, les phosphates, en pillant les sites antiques, en cultivant, en plus du coton, le blé, l’orge, 99% de la production d’olives.

On voit donc que le groupe État Islamique a réussi à diversifier ses sources de financement. Ce qui permet aux experts d’évaluerla fortune globale des terroristes à deux milliards d’euros .

Moralité : nous avons plus que jamais intérêt à savoir ce qu’on achète et à qui.

Le compte Twitter de Catherine Boullay :

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