google+ démarre en trombe
google+ démarre en trombe © reuters

C’est l'histoire d'un échec : un projet qui aurait dû et aurait pu figurer dans les 34 projets industriels d'avenir présentés par François Hollande jeudi dernier. C’était l’un des plus ambitieux impulsés par l’Etat, à grands renforts d’argent public. Mais le "Google à la française" n'a jamais vu le jour. C'est même devenu l'exemple à ne pas suivre en matière de grand chantier numérique.

Pourtant, quel beau projet, ce Google à la française. L’idée était de Jacques Chirac en 2005 : c'était la Tour Eiffel des moteurs de recherches, le Louvre des applications web et son nom était même chargé d’Histoire. Il s’appelait « Quaero », ce qui signifie « je cherche … » en latin.

172 millions d’euros, 3 ans à le mettre en route, 5 ans de petites réussites discrètes, et au final, je ne vous apprends rien en vous disant qu'il n'y a toujours qu'un seul et unique Google et qu’il est bien américain.

- Qu’est-ce qui n’a pas marché dans ce projet français ?

D’abord, il y avait trop d’acteurs pour monter le projet : Technicolor (en souffrance aujourd’hui), Thomson, et puis France Télécom.

Ensuite, Quaero n’était pas la colonne vertébrale de leur développement. C'était un peu « toi on te met pas au placard, tu vas travailler au sous-sol et tu vas avoir une super mission : Quaero ».

Enfin, c’est devenu un projet franco- allemand, ce qui pouvait sembler cohérent, sauf qu’Allemands et Français ne parvenaient pas à s'entendre. Mais le plus parlant, pour vous donner une idée du malentendu de départ, c'est cette conversation hier soir avec le coordinateur du projet: Peter van der Linden.

Quand vous lui demandez de vous expliquer les raisons de l'échec, il vous répond qu'il n'y a jamais eu d'échec, puisqu'il n'a jamais été question de faire un Google à la française.

- Ce projet a donc coûté 172 millions d'euros, dont de l'argent public

98 millions d’euros d’argent public mis sur la table par OSEO, devenu entretemps BPI France et chargé de financer l'innovation des PME françaises. 98 millions, dont la moitié seulement était remboursable. Ecoutez Laure Reinhart , qui était en charge de subventionner le projet chez Oséo :

  • Devant cet échec, pourquoi ne pas avoir abandonné ce projet plus tôt ?

Parce que France Télécom, Thomson et Technicolor, avaient emmené dans leur sillage toute une série de petites start-up qui travaillaient et qui avançaient sur plusieurs parties du projet. Si Oseo leur avaient coupé les vivres, elles auraient tout simplement mis la clé sous la porte. Et puis ces petites start-up elles ont développé des idées ingénieuses.

Connaissez-vous Voxalead News, par exemple? C'est une application qui vous permet de faire une revue de presse avec des mots clés.

Systran, logiciel de traducteurs automatique, est aussi né de ce projet.

LTU permet de faire un lien entre une photo et un site web. Autant de petits inventions –pratiques pour certaines- que Peter van der Linden considère comme des réussites.

Moralité : quand on cherche, on trouve, mais pas toujours ce qu'on cherche.

- Quelles leçons tirer de tout cela ?

Quand il y a une ambition, il faut trouver la force industrielle capable de porter le projet. Et surtout, il faut qu’il fasse partie de la stratégie du groupe qui le porte, à part entière.

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