La nouvelle tragédie au large des côtes libyennes, dans la nuit de samedi à dimanche, est probablement l’une des pires en Méditerranée: le naufrage d'un chalutier avec près de 700 migrants à bord, au moins. Depuis 2 ans pourtant, l'Europe finance Eurosur, un programme censé éviter ce genre tragédie. Mais peut-on dire qu’il fonctionne vraiment?

Si l'on prend le nombre de personnes décédées en Méditerranée l'an passé, la réponse est inévitablement « non ».

Sans même compter l'hécatombe d'avant-hier, 170 000 femmes, hommes, enfants, vieillards, ont tenté de gagner en les côtes européennes en 2014. Plus de 3 000 sont morts avant d’arriver sur celles-ci.

Un an auparavant, en 2013, c’est une tragédie semblable à celle de samedi les naufrages de Lampedusa qui avait décidé la Commissaire européenne aux affaires intérieures, Cécilia Malström, à créer Eurosur, un système d’échange d’information en temps réel entre 18 pays de l’Union européenne et Frontex, l’agence européenne de sécurité aux frontières.

3 objectifs dans l’ordre:

  • réduire l’immigration clandestine

  • lutter contre la criminalité transfrontalière

  • et (en dernier lieu) assurer la protection et le sauvetage des migrants en mer.

Eurosur a-t-il eu les moyens de ses ambitions?

Technologies de pointe: des outils d’imagerie, des satellites, des capteurs, 22 avions légers, plus d'une centaine de bateaux de différentes nationalités, une trentaine d'hélicoptères, et des centaines d'appareils de pointe: radars mobiles, caméras thermiques détecteurs de battement de cœur, sondes pour mesurer les taux de gaz carbone, et plus de 300 fonctionnaires dépendant de Frontex pour coordonner le tout. Budget: 224 millions d'euros pour 2014-2020.

144 migrants secourus en Méditerranée
144 migrants secourus en Méditerranée © MaxPPP

Des moyens colossaux et des tragédies malgré tout incessantes, d'où cette question qui fait polémique : à qui profitent réellement Eurosur et Frontex ?

Plusieurs ONG se sont saisies du sujet ; c'est le cas du GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés) par exemple. La chercheuse et juriste Claire Rodier, auteur de Xénophobie business, va même plus loin. Selon elle, c'est tout simplement aux industriels de l'armement que profite Frontex, devenu récemment un beau tremplin pour le marché civil des drones: une manne pour Lockheed Martin, Aerovision, Thalès, IAI (Israel Aerospace Industry).

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.