C’est une initiative inédite : en Argentine, Australie, France et Allemagne, des centaines d’étudiants ont signé un manifeste pour réclamer des cours d’économie plus proches de la vie réelle.

Les claviers fleurissent dans les amphis, comme ici à l'université d'Assas à Paris.
Les claviers fleurissent dans les amphis, comme ici à l'université d'Assas à Paris. © Radio France / Hélène Chevallier

Ce matin, je vous laisse fermer les yeux. On remonte dans le temps. Vous avez quelques années de moins, vous êtes assis sur les bancs de la fac (je vous vois bien au dernier rang), vous êtes en cours d’économie. Je sens bien que vous n’êtes pas très concentré, vous êtes même au bord de l’endormissement. Vous allez me dire « oui, mais c’est trop théorique ». Et bien vous n’êtes pas le seul.

La semaine dernière, rébellion: les étudiants de 18 pays ont fait publier « un appel pour une économie pluraliste», en français en anglais, en hébreu, en italien dans plusieurs grands quotidiens: Le Monde, Le Guardian, Il Manifesto, ou encore Haaretz.Leur Manifeste commence ainsi: « L’économie mondiale n’est pas la seule à être en crise ; l’enseignement de l’économie l’est aussi. »

Ils réclament des cours qui leur permettent de comprendre et d’analyser le monde qui les entoure: le chômage, la croissance, la crise financière. Ils ne veulent plus de théorie. Ils ne veulent plus passer 20% de leur temps en cours de maths, ils réclament de la vie réelle et des cours d’histoire économique.

Un certain nombre de profs prennent clairement le parti des élèves . Plusieurs économistes de renom (Thomas Piketty, Jean-Paul Fitoussi et James Galbraith) ont même soutenu l’appel.

Au Canada et au Québec par exemple, certains universitaires ont rédigé une lettre de soutien aux étudiants. Et eux vont même plus loin dans l’autocritique: ils dénoncent la pensée unique qui règne dans les cours d’économie. Ils reprochent notamment à la théorie néoclassique de dominer les cours de fac. Que dit cette théorie? Que le vrai problème de l’économie serait la dette excessive, les protections sociales trop généreuses et évidemment, toutes les entraves au libre marché.

Or, bien sûr, d’autres regards mènent aux conclusions inverses.

Mais les économistes qui pensent que les inégalités de revenus et la richesse incontrôlée fragilisent l’économie, ne sont tout simplement pas ou peu entendus à la fac aujourd’hui.

D’ailleurs une étude de l’AFEP, l’Association Française d’Economie Politique qui regroupe 600 chercheurs, le confirme : 80% des profs recrutés entre 2000 et 2011 étaient du courant de la théorie néoclassique.

Il y a eu une première réaction des pouvoirs publics français . L’heure est à l’examen de conscience. Geneviève Fioraso, Secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur a commandé une enquête dont les conclusions devraient lui être remises dans les prochaines semaines.

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