L'inspecteur des pauvres contrôle la dentition d'une fillette placée, Canton de Berne, 1940
L'inspecteur des pauvres contrôle la dentition d'une fillette placée, Canton de Berne, 1940 © GKS / Paul Senn

En Grande-Bretagne, un ancien ministre de Tony Blair tire la sonnette d'alarme: il vient de remettre un rapport au gouvernement de David Cameron dans lequel il dénonce l'augmentation du nombre d'enfants pauvres, dont les parents ont pourtant un emploi.

En Angleterre, le travail ne paie plus. C'est ce que dénonce Alan Milburn , qui est un peu le Martin Hirsh du gouvernement britannique puisqu'il est travailliste, mais chargé de mission auprès du gouvernement conservateur de David Cameron. Et les chiffres qu'il révèle font froid dans le dos: en Grande-Bretagne, un enfant sur six naît aujourd'hui dans la pauvreté. On compte 2,3 millions d’enfants 5,6 millions d’adultes pauvres, c'est-à-dire qui vivent avec grand maximum 1.200 euros par mois, alors qu'au moins un des parents travaille dans 2/3 des cas, et généralement à temps plein.

Dans cette interview accordée à la BBC, Milburn s'indigne contre le mauvais procès que certains seraient tentés de faire aux travailleurs pauvres, le plus souvent des femmes qui gagnent moins que le salaire minimum 7,45 livres de l'heure, soit environ 8 euros. Alan Milburn :

Ces gens sont exemplaires. Ils vont travailler, ils sont debout, ils s’occupent de leur famille… Ce ne sont pas des profiteurs. Et pourtant, ce sont les oubliés de Grande-Bretagne. Il est urgent qu’on leur offre autre chose.

L'urgence, selon Alan Milburn, c'est de réparer l'ascenseur social cassé par la politique d'austérité. Certes, il fallait s'occuper de résorber la dette, dit-il, c'était la priorité du gouvernement élu il y a trois ans. Mais il est urgent, maintenant, de mieux répartir le poids de la rigueur en faisant contribuer les retraités, notamment en supprimant leurs avantages sur les transports et le chauffage.

Ensuite, il appelle les pouvoirs publics et les employeurs à combler le fossé entre les prix et les salaires et propose de revoir à la hausse les salaires minimums .

Enfin, il est temps, dit-il, de s'attaquer de manière frontale au chômage des jeunes : 21%. Un thème trop vite oublié après les violentes émeutes qui ont secoué l'Angleterre en août 2011.

Pour cela, Milburn souhaite donc encourager des réseaux de parrainage pour que les enfants brillants mais de milieux modestes aient accès aux meilleurs instituteurs. Car aujourd'hui, en Angleterre, dénonce Milburn, quand on naît pauvre, on le reste. Alors que ce n'était plus le cas depuis plusieurs décennies.

Nick Clegg, le vice premier ministre démocrate libéral du Royaume-Uni a répondu au rapport. Dans une tribune publiée dans le journal Telegraph , il prend acte de l'enquête de Milburn, mais « il faut être réaliste » se désole-t-il. « Il faudra plusieurs décennies pour créer une société vraiment libérale. » Clegg refuse donc en bloc de toucher aux avantages des retraités: « les punir ne va pas aider un seul enfant à aller plus loin dans la vie », écrit-il.

On ne touche à rien, donc. Pas avant 2015 en tous cas, date des prochaines élections législatives. Quant à David Cameron, le premier ministre, il a surtout insisté ces derniers jours sur la baisse du chômage: 1 million de demandeurs d'emplois en moins depuis son arrivée au pouvoir -mais sans faire mention des rémunérations.

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