Chronique d'une mort annoncée. Celle de nos bonnes vieilles cabines téléphoniques, que je trouve pleines de poésie. Elles ont un charme un peu désuet, ce sont des habitacles de conversation privée au milieu de l’espace public. Et puis surtout :

C’est en se cachant dans une cabine téléphonique que Clark Kent se transforme en Superman ! Les cabines sont des matrices de super-héros, ni plus ni moins. Elles vont pourtant complètement disparaître, en France, victimes de la modernité, comme le minitel. C’est la fin de ce qu’on appelle le « service universel de télécommunication » : Orange (tout comme France Télécom auparavant) avait l’obligation de placer au moins une cabine dans chaque commune de France, et au moins deux dans les villes de plus de 1.000 habitants.

Mais avec la généralisation du téléphone portable, elles sont devenues obsolètes. Leur durée moyenne d’utilisation est de trois minutes par cabine et par jour. Résultat, la secrétaire d’Etat à l’Economie numérique, Axelle Lemaire, a reçu il y a quelques jours un rapport parlementaire qui lui conseille de mettre fin à cette obligation de service universel.

D’ailleurs, on les voit déjà disparaître du paysage depuis plusieurs années et cela fait longtemps qu’aucune nouvelle cabine n’est installée. On peut estimer que le « début de la fin » remonte 1997 : date à laquelle la première cabine a été démontée. Il en reste environ 100.000 aujourd’hui dans toute la France, trois fois moins que dans les années 1990.

Evidemment, cette opération de démantèlement coûte de l’argent : Orange va débourser 2 millions d’euros au total. Mais il faut savoir que les cabines, en l’état actuel des choses, coûtent bien plus cher qu’elles ne rapportent (notamment parce qu’il faut les entretenir).

C’est un service public qui disparaît, tout simplement ! Comment les plus démunis vont-ils accéder au téléphone ?

C’est tout l’enjeu. Les plus démunis, mais aussi les habitants de certaines zones rurales, où le téléphone portable ne capte pas. C’est ce qu’on appelle les « zones blanches » : une centaine de communes en France seraient concernées. Pas question de retirer toutes les cabines tant que la couverture mobile n’est pas parfaite, promet la secrétaire d'Etat à l'économie numérique. Elle a donc demandé une nouvelle cartographie des « zones blanches ».

Reste une question : que vont devenir les cabines téléphoniques, après avoir quitté nos trottoirs ?

Cabine téléphonique, Londres
Cabine téléphonique, Londres © Remidu74

Je pensais qu'elles intéresseraient les collectionneurs… mais non : Orange répond qu’il n’y pas de marché. On en garde seulement quelques-unes pour les tournages de film. Il faut dire que nos cabines françaises sont moins jolies que celles de Londres, les cabines rouges, qui elles, se vendent à prix d'or.

Il y a aussi des cabines qui ont une très belle deuxième vie . Exemple dans le village de Trois Fonds, au cœur de la Creuse : la cabine téléphonique est devenue une « boîte à livres ».On peut y déposer des bouquins, pour les donner, ou alors venir chercher un livre, gratuitement. La cabine de téléphone transmet le goût de la lecture… et là, elle garde ses super-pouvoirs !

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