Au lendemain des élections en Grèce voici un dossier extrêmement symbolique de la crise grecque et qui devra être traité dans les prochaines semaines : l’avenir de l’aéroport de Corfou, l’une des îles bien connues des touristes, au nord de la Grèce.

Accrochez bien vos ceintures nous atterrissons à Corfou. Et accrochez-vous vraiment bien parce que la piste est très très courte. Si courte, qu’elle jouxte même l’autoroute… C’est tellement dangereux qu’à chaque fois qu’un avion atterrit ou décolle, le contrôleur aérien du haut de sa tour doit faire allumer un feu pour arrêter le trafic.

Une fois à l’intérieur du terminal, vous vous postez naturellement devant les tapis roulants pour récupérer vos bagages, tapis roulants qui très régulièrement ne marchent pas.

Vous vous rendez aux toilettes, ah dommage, pas de siège.

Bref vous l’avez compris, l’aéroport de Corfou a besoin d’un petit rafraîchissement, aussi bien pour le confort que pour la sécurité des voyageurs. Mais vu les finances de l’Etat grec, évidemment les travaux ne sont pas au programme.

Des passagers attendent leur avion à l'aéroport de Marseille Marignane
Des passagers attendent leur avion à l'aéroport de Marseille Marignane © MaxPPP / Bruno Souillard

L’alternative c’est donc la privatisation et justement, il y a un volontaire prêt à voler au secours de l’aéroport solide et expérimenté puisqu’il gère déjà ceux de Saint-Pétersbourg, de Lima, deux autres en Bulgarie, celui de Francfort : il s’appelle Fraport.

Mais là où le bât blesse, c’est qu’il est Allemand. Et ça, pour le maire de Corfou, Kostas Nikolouzos, c’est intolérable. Laisser les clés de son aéroport aux Allemands, c’est mettre un genou à terre devant le créancier, s’incliner devant l’impérialisme d’outre-Rhin qui rince son pays.

Et renoncer à toute chance de se relever grâce à ce qui marche en Grèce: le tourisme. « Ce que les Allemands n’ont pas réussi à faire pendant la Seconde guerre mondiale, résume de manière crue Nikolouzos, ils sont en train de le réussir maintenant ».

Il faut bien trouver une solution face à l’état de délabrement de certaines infrastructures. C’est bien ce que met en avant l’Allemand Fraport qui s’est allié avec un richissime Grec (pas de doute sur le fait qu’il soit grec) Dimitrios Copelouzos, pour reprendre 14 aéroports, dont celui de Corfou pour un contrat d’1 milliard 230 millions d’euros, sans parler des loyers versés à l’Etat grec : 23 millions d’euros par an pendant 40 ans.

Contrat validé par le gouvernement, mais contesté aujourd’hui par certains syndicats aéroportuaires qui menacent de faire grève.

Et oui, un seul gestionnaire pour 14 aéroports, c’est un monopole sans précédent, crient les opposants, et en plus supervisé par des Allemands… Inacceptable !

Surtout, insistent les détracteurs de ce contrat, que l’aéroport pourrait très bien s’en tirer seul avec les bénéfices de ses taxes, tout ce qui est versé par les compagnies aériennes : 25 millions d’euros chaque année à Corfou.

Sauf que depuis 2001, cet argent, effectivement, n’est pas reversé dans la maintenance des pistes des tapis roulants et des cuvettes de toilettes. L’argent était directement reversé à l’Etat pour masquer son déficit…

Tout un symbole de la crise grecque.

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