Quel sera l’impact du film « la famille Bélier » sur l’embauche des personnes handicapées les entreprises ?

La famille bélier
La famille bélier © Radio France

Je peux vous confier un secret ? Eh bien j’ai pleuré comme une madeleine devant « la famille Bélier », le film qui cartonne en ce moment au cinéma. Et je n’étais pas la seule : toute la salle, ou presque, est sortie le visage bouffi. C’est un vrai « feel good movie », comme on dit. Eh après avoir séché mes larmes, je me suis me suis dit que ce film permettra peut-être de lutter contre le chômage chez les sourds !

Parce que dans la famille Bélier, tout le monde est sourd, sauf la fille, Paula. Le père, interprété par François Damiens, travaille : il est agriculteur. Il se présente même aux élections municipales, sa surdité n’est pas un frein.

Mais dans la vraie vie, les choses sont beaucoup plus compliquées. On estime qu’il y a un peu plus de 5 millions de sourds et de malentendants en France, dont un tiers est au chômage.

La proportion de chômeurs est beaucoup plus forte que dans le reste de la population.

D’abord à cause d’un gros problème de formation. Il existe très peu de filières accessibles aux sourds. On trouve par exemple une formation en langue des signes pour devenir infographiste ou comptable, résultat ce sont des métiers où il y a plus de sourds qu’ailleurs. Mais la palette de choix pour un jeune qui cherche à s’orienter est vraiment très limitée. On est très loin de l’exemple américain : il existe à Washington une université où les cours sont tous donnés en langue des signes.

Deuxième explication : les craintes des employeurs. Beaucoup de chefs d’entreprises ont peur d’embaucher un sourd. Pourtant, la loi oblige les entreprises de plus de 20 salariés à recruter au moins 6% de travailleurs handicapés. Mais la plupart préfèrent payer une amende plutôt que de se conformer à cette règle. Les employeurs pensent qu’un salarié sourd, c’est beaucoup de contraintes. Alors, c’est vrai qu’il y en a quelques-unes. Par exemple, l’obligation d’installer des lumières clignotantes pour les alarmes incendie, partout dans l’entreprise, y compris dans les toilettes, afin que le salarié sourd soit prévenu comme tout le monde en cas d’incendie.

Mais le patron se dit aussi qu’il faudra payer un interprète en langue des signes en permanence, alors que ce n’est pas forcément vrai. Beaucoup de sourds arrivent très bien à lire sur les lèvres, ils peuvent aussi communiquer par écrit avec leurs collègues et avec l'extérieur. Aujourd’hui, on utilise les mails beaucoup plus que le téléphone. Il y aura besoin, effectivement, d’un interprète à certains moments, comme pour l’entretien annuel d’évaluation du salarié, mais pas tout le temps.

Quel rapport avec la famille Bélier ? Les réticences des employeurs sont souvent liées à des clichés, à une méconnaissance du handicap. Et ce film peut changer le regard sur la surdité.

Autre exemple : les gens font très souvent un parallèle avec le handicap mental, parce que les sourds émettent des sons bizarres (ils ne s’entendent pas eux même et ne modulent pas leur voix.) Alors peut-être que si tous les chefs d’entreprise allaient voir « la famille Bélier », ce serait un obstacle au chômage des sourds qui s’écroulerait.

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