Par Dorothée Barba

Il porte un tee-shirt à l’effigie du dirigeant de LVMH, une casquette, et il conduit même une camionnette flanquée d’un message « I love Bernard ». C'est une déclaration d’amour, un chouïa ironique, signée François Ruffin, le fondateur du journal Fakir , un ancien de la bande à Mermet : il a été longtemps reporter pour « là bas si j’y suis », sur France Inter.

Bernard Arnault
Bernard Arnault © Radio France / Wikimedia Commons

"Merci Patron ! " sort au cinéma ce mercredi. Voilà un film insolent, drôle, bigrement bien ficelé, avec un message politique assumé et un réalisateur omniprésent à l’écran : difficile de ne pas penser à Michael Moore.

La promesse, c'est « l’arnaque en version lutte des classes ». Ruffin s’intéresse à la famille Klur. Serge et Jocelyne Klur travaillaient dans une usine textile à Poix-du-Nord, près de Maubeuge. L’usine ECCE, sous-traitante du groupe LVMH, dont la production a été délocalisée en Pologne. Les Klur n’ont pas retrouvé d’emploi et quatre ans plus tard, ils sont étranglés par les dettes. Un huissier ne va pas tarder à saisir leur maison.

François Ruffin se fait alors passer pour leur fils, Jérémy, et envoie une lettre à Bernard Arnault. Il écrit, en gros : « Donnez-nous 35.000 euros ou alors on raconte tout à la presse. » D'ailleurs, les enveloppes sont prêtes : une pour France Inter , une autre pour Le Monde , une pour Fakir , etc.

Et ça marche ! On sait bien que les entreprises sont très soucieuses de leur image, mais on se frotte tout de même les yeux : le piège fonctionne à merveille. LVMH envoie illico un homme de main chez les Klur, qui est filmé en caméra cachée . Il promet de leur verser la somme demandée en échange de leur silence.

35.000 euros sont versés, les Klur gardent leur maison et on propose même un emploi à Serge : un CDD chez Carrefour, dont LVMH est actionnaire. A condition de la boucler.

Alors pourquoi le film sort-il au cinéma demain ? C'est là que le piège élaboré par François Ruffin est encore plus habile qu’il n’y paraît. Je ne veux pas tout dévoiler mais l’arnaque est telle que c’est en fait LVMH qui va rompre la clause de confidentialité : le secrétaire général du groupe va parler de cette histoire à … François Ruffin, car personne ne sait que c’est lui qui a écrit la lettre de menace et piloté l’opération.

Le journaliste joue aussi un rôle d’agent double. Je n’en dis pas plus mais c’est un traquenard vraiment malin qui ajoute au film une bonne dose de suspense.

En sortant de la salle, on ne peut pas s’empêcher de penser aux autres : tous ceux qui travaillaient à l’usine de Poix-du-Nord avec Serge et Jocelyne et qui n’ont pas la chance d’avoir participé à ce chantage. 147 personnes se sont retrouvées sur le carreau lorsque l’usine a été délocalisée.

En tout cas, on espère bien que Bernard Arnault va faire un procès à ce film. Ne serait-ce que pour avoir une suite à "Merci Patron ! "

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