Que les littéraires et leurs parents se rassurent : ils peuvent trouver du travail après un bac L, et un master de lettres ou sciences humaines à la fac, dans des secteurs très pointus de l'économie. En France, une dizaine d'entreprises du CAC 40 leur font même la danse du ventre.

Etudiants à la Sorbonne
Etudiants à la Sorbonne © Maxppp

Certains d'entre vous sont peut-être plongés dans l'exégèse comparée desConfessions de Jean-Jacques Rousseau, ou s'interrogent sur la manière dont les Affinités électives de Goethe éclairent la lecture de Bouvard et Pécuchet.

Sachez-le, tout cela ne fait pas forcément un être inhibé et improductif. Non, vous n'êtes pas forcément perdus pour le monde de l'entreprise. Qui croit en vous ? Un cabinet d'audit qui fait trembler les marchés: PricewaterhouseCoopers. Et cette entreprise le pense tellement fort, qu'en 2007, elle a lancé une opération, Phénix, pour recruter des historiens des philosophes ou des spécialistes en lettres modernes.

Bernard Deforge est coordinateur du programme Phénix , déterminé à encourager la diversité des formations :

- Est-ce que ce programme a réussi à séduire les littéraires 5 ans après son lancement ?

Pour l'instant, les chiffres ne font pas vraiment tourner la tête. Depuis 2007, Bernard Deforge compte 196 recrues en lettres.PricewaterhouseCoopers en a embauché 65 ; Axa, la Bred, Loréal, ou encore HSBC ont embauché les autres.

- Pour quels métiers ?

Du conseil en management, de l'audit, ou des ressources humaines. Bien sûr, il faut le préciser, les littéraires auront été convertis à la science des chiffres avant de commencer leur carrière : cette année par exemple, leur formation en alternance commence dans deux semaines à la Sorbonne, après quoi ils seront considérés comme opérationnels. Et bien payés : 30 000 euros brut, 80% la première année.

- Sur le papier cela a l'air attractif, alors ourquoi cette opportunité n'attire-t-elle pas plus de monde?

Une fois dans l'entreprise, le destin des jeunes pousses n'est pas toujours enviable. D'abord ils seront toujours moins payés qu'un élève qui sort de d'HEC ou de l'ESSEC, quelle que soit leur mission et quelle que soit leur charge de travail. Et elle est souvent lourde, parce que c'est à eux que l'on confiera les tâches les plus ingrates et les plus chronophages.

Enfin, ce ce qui les rend d'autant plus précieux et corvéables, c'est qu'ils n'ont pas appris les codes fondamentaux de l'école de commerce : la confiance en soi le bagoût, le bluff… qui permettent de grimper rapidement à l'échelle des promotions et en inerne, de passer de junior à sénior.

- Pourtant, il y a d'autres pays où les littéraires arrivent à réussir en entreprise.

Il suffit de traverser la Manche : en Angleterre, 34% des patrons des 100 premières entreprises du CAC 40 sont issus de formations littéraires.

En France, vous en avez un, en tout et pour tout: Michel Edouard Leclerc. Dans l'hexagone, tous les autres sont sortis avec le costume de l'ENA de polytechnique ou d'HEC.

En Angleterre, le Ministre de l'Enseignement supérieur a même fait de la réhabilitation des lettres

son cheval de bataillee, en expliquant il y a quelques semaines: "Il ne suffit pas de savoir concevoir une voiture électrique, il faut aussi savoir ce qui peut inciter les gens à l'acheter."

Et la meilleure preuve que le vent a tourné pour tous ceux dont les sciences et les maths ne sont pas la religion: les inscriptions en musique, en théâtre, et en linguistique ont augmenté de 20%.

Les liens

Opération Phénix

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