Aujourd’hui, se tient à Bruxelles, le conseil des ministres européens de la culture, qui devrait débattre de cette question d’actualité : « comment enrayer le trafic d’antiquités alimenté par Daech ? ».

Il est très difficile de savoir combien ce trafic rapporte vraiment. Certains avancent 15 à 20% des ressources de l’État islamique. D’autres 9%. A dire vrai, c’est extrêmement difficile à évaluer. Ce qu’on sait avec certitude, c’est que ce trafic existe.

Pour enrayer ce commerce, Jean-Luc Martinez, le patron du Louvre, a donc rendu, la semaine dernière, un rapport au Président de la République. Cinquante propositions, reprises - pour certaines - par le chef de l’État.

Un rapport qui s’appuie sur des photos satellites et qui montrent très clairement des sites antiques qui ressemblent maintenant à des météorites, constellés de trous effectués par les pilleurs.

Quelles sont les solutions avancées ? Il faut d’abord pouvoir identifier les œuvres provenant de Syrie. Pour cela, Martinez propose de créer un observatoire qui coordonnerait la circulation des biens. Et cet observatoire travaillerait directement avec l’observatoire du patrimoine culturel syrien.

Plus intéressant, il existe en Europe "des cavernes d’Ali Baba", propices au recel . On les connaît bien : ce sont les ports francs. Genève et plus récemment celui, tout neuf, de Luxembourg : 11.000 m² de béton armé et barbelé avec portes blindées pesant entre cinq et sept tonnes.

Vous pouvez y stocker des tableaux d’antiquité sans que les œuvres ne soient soumises au FISC, avec une TVA à 0%. Rien que pour celui de Genève, on estime aujourd’hui à plus d’un million le nombre de tableaux qui y sont stockés. L’idée serait donc de lister ces pays complices et de les pointer du doigt comme la communauté internationale a pu, a su le faire pour les paradis fiscaux. Il se trouve, en l’occurrence, que ce sont les mêmes.

Si les trésors syriens sont cachés là, les autorités ont-elles une chance de remettre la main dessus ? Le scénario le plus vraisemblable est que ces œuvres sont aujourd’hui au frigo. Et qu’elles ressortiront dans cinq ou dix ans. C’est exactement ce qui s’est passé pour les pillages en Afghanistan.

Mais si les professionnels s’inquiètent aujourd’hui de réguler leur secteur, c’est par civisme, par souci de lutter contre un nouveau bain de sang, bien sûr, mais aussi dans leur intérêt. Depuis quatre ans et le début de la guerre en Syrie, personne n’a rien signalé d’anormal dans les salles de vente. Mais voilà, aujourd’hui, le marché des antiquités du Proche et du Moyen-Orient est au point mort. Avec des collectionneurs français tétanisés à l’idée d’être pris la main dans un sac de Daech.

Vous me direz, l’affaire a au moins eu un avantage : c’est que Drouot, qui rassemble 75 maisons de vente, organisait la semaine dernière un grand débat sur ces questions.

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