(Par Dorothée Barba)

Une initiative originale a été menée à Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes. Les agents de la mairie ont vécu quatre jours sans courriel.

Vous imaginez le bonheur ? Quatre jours sans avoir à trier les dizaines de courriels qui s’accumulent. Quatre jours avec une devise : débrancher !

Les mails vers l’extérieur n’étaient pas concernés. En revanche, pour s’adresser à un collègue, courriel interdit : il fallait décrocher son téléphone ou aller frapper à la porte de son bureau . Cela rejoint le "droit à la déconnexion" tel qu'il est consacré dansle projet de loi El Kohmri . L’idée est venue du maire qui voulait remettre un peu d’humanité dans les relations professionnelles. Le test a eu lieu pendant en décembre et janvier et aujourd’hui est prévue une réunion de restitution : un agent de chaque service va raconter comment ça s’est passé pour lui. Une charte du bon usage des courriels sera ainsi rédigée .

Au début, c’était un peu perturbant pour le personnel, apparemment. Mais il est toujours intéressant de remettre en question la façon dont on travaille, me disait l’un des fonctionnaires. Certains ont beaucoup apprécié de se parler davantage. Souvent, les problèmes sont plus vite réglés de vive voix. Par écrit, le ton monte plus vite, on se vexe, on se fâche . «Et puis c’est quand même un peu absurde d’envoyer un mail à sa voisine de bureau », m’expliquait une employée de la mairie. Ceci dit, elle n’est pas convaincue pour autant : le téléphone n’a pas arrêté de sonner pendant quatre jours, impossible de se concentrer. Les mails, au moins, on peut choisir quand on y répond !

Un salarié d’une entreprise de plus de 100 personnes rédige en moyenne 33 mails par jour
Un salarié d’une entreprise de plus de 100 personnes rédige en moyenne 33 mails par jour © Thibault Lefèvre / Thibault Lefèvre

Cette initiative en Loire Atlantique s’inscrit dans une tendance plus générale, venue des États-Unis. La semaine prochaine auront lieu les National Days of Unplugging , les journées pour débrancher. En France, beaucoup d’entreprises réfléchissent aussi à la prévention des avalanches de mail. C’est le cas par exemple chez Atos, Canon ou Orange . La direction de Price Minister , un site de e-commerce, a imposé une demi-journée par mois sans e-mail ni SMS. L’expérience a démarré il y a un an. Et le patron, Olivier Mathiot , reconnaît que pour la moitié des salariés, cette histoire est une perte de temps. Mais il persiste : on a besoin d’une « hygiène de la boîte mail ».

Il faut apprendre à discerner les courriels urgents et les autres. Les cadres doivent faire l’effort de préciser le niveau d’urgence d’une demande afin que les collaborateurs ne se sentent pas obligés de répondre toutes affaires cessantes. Et puis, luttons contre un fléau terrible : la copie. Nombreux sont ceux qui n’en peuvent plus d’être en copie de tous ces mails inutiles ! On met des gens en copie « pour info », c’est presque protocolaire. Choisir avec parcimonie les destinataires d’un courriel, donc.

D’autres conseils pour ne plus se laisser envahir : désactiver le signal sonore sur votre messagerie. Décider d’aller voir ses courriels toutes les heures. Le temps ainsi gagné servira à faire autre chose. ChezPrice Minister , le vendredi matin sans mail est en partie consacré à des rencontres avec des chefs d’entreprise extérieurs : le patron d’une start-up vient échanger sur ses bonnes pratiques. Et l’un d’eux a expliqué qu’il organisait des journées sans… réunion. Et si on cumulait les deux ? Pas de mail, pas de réunion, et tout le monde à la plage !

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