Zoom sur une jeune entreprise qui veut se faire une place dans le marché colossal des transferts d’argent vers l’Afrique.

Les migrants qui quittent leur pays pour s’installer ailleurs envoient souvent de l’argent à leurs proches. Eh bien cela représente des sommes impressionnantes: selon la Banque Mondiale, 60 milliards de dollars transitent chaque année vers l’Afrique en provenance de la diaspora africaine. Il faut ajouter à cela tout l’argent qui passe par le secteur informel, qui n’est pas comptabilisé. Et cette manne est captée presque intégralement par deux entreprises seulement, deux géants américains: Western Union et MoneyGram.

Cette situation de duopole n’est pas bonne pour les prix: nombreux sont ceux qui parlent d’abus de position dominante. Les commissions exigées par ces deux entreprises sont franchement démesurées le taux est de 12,5% en moyenne. Il coûte beaucoup plus cher d’envoyer de l’argent vers l’Afrique que vers le reste du monde, et cela s’explique en partie par le manque de concurrence.

Alors Rania Belkahia a décidé de s’attaquer à ce marché. Cette entrepreneuse de 25 ans a créé sa boîte en 2013 : Afrimarket. Le taux de commission: 5% Afrimarket propose des transferts vers quatre pays: Côte d’Ivoire, Sénégal, Bénin, Togo . Dans quelques jours, le Cameroun viendra s’ajouter à la liste et le Mali est aussi prévu pour l’automne prochain. C’est une petite startup qui monte.

Afrimarket
Afrimarket © / Afrimarket

Preuve que cette petite entreprise a le vent en poupe : elle a bénéficié de deux levées de fonds dont la deuxième s’élevait à 2,3 millions d’euros, financés notamment par Orange. Deux levées de fonds pour une toute jeune entreprise, cela prouve que les investisseurs sont confiants.

Il faut dire que l’offre est originale: la particularité d’Afrimarket, c’est que l’envoyeur peut décider de ce qu’il achète avec l’argent qu’il envoie. Par exemple, au lieu d’envoyer à sa famille de l’argent pour acheter un frigo, il va pouvoir acheter directement le frigo à distance, sur Internet, et le bénéficiaire va pouvoir aller chercher le frigo dans une boutique partenaire près de chez lui (il y en a plus de 300 au total). Afrimarket propose de l’électroménager, donc, mais aussi des produits de consommation courante (un poulet, un sac de riz, etc), des médicaments, ou encore des forfaits de téléphonie mobile. D'après Rania Belkahia, ce contrôle de l’utilisation des fonds est une demande des migrants eux-mêmes et il est en fait bien perçu par les receveurs. Parce que c’est aussi une manière d’abolir les intermédiaires, qui sont autant de risques de voir l’argent se volatiliser: souvent, celui qui va chercher l’argent dans un centre de transfert n’est pas le destinataire final.

Afrimarket aujourd’hui, ce sont 35 salariés et 33.000 clients. Une petite boite qui pour l’instant n’arrive pas à l’orteil des deux géants américains, mais qui a l’ambition, assez rapidement, d’atteindre 15% du marché.

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