Je suis rassurée car nous sommes (presque) débarrassés d’une application qui entendait « éclairer nos achats ». Non mais de quoi j’me mêle ?

Par Dorothée Barba

Laissez-moi ingurgiter des pesticides et me tartiner le visage de parabènes ! Laissez-moi faire une confiance aveugle aux industriels dont la priorité, évidemment, est de protéger ma santé et l’environnement !

L’application en question s’appelle Notéo . Elle donne une note à chaque produit (alimentaire, cosmétique ou produits d'entretien) en fonction de son impact sur la santé et l’environnement , et de ses conditions de fabrication. C'est une application française inspirée d’une pratique qui existe aux Etats-Unis. L’entreprise a finalement déposé le bilan.

L’appli fonctionne encore, mais la base de données n’est plus actualisée. Comme de nouveaux produits s’installent chaque jour dans les rayons des supermarchés, l’efficacité sera de plus en plus limitée.

Et c'est vraiment un sacré gâchis. J’ai fait le test avec ma crème pour les mains : j’ai scanné le code barre avec mon téléphone, l’application reconnait le produit et me donne une note : en l’occurrence 8 /10. Pas trop mal. Mais je découvre que ma crème contient du BHT, et que c’est « préoccupant ». On me conseille au passage d’autres marques, qui ont une meilleure note. J’ai testé aussi du thé en sachet, parfum caramel noté 4/10, pour cause de pesticides, notamment. Pour ceux qui n'ont pas de smartphone, tous les produits référencés sont le site de Notéo.

Créer une telle base de donnée, c'est un boulot colossal. Baptiste Marty, le fondateur de Notéo, a eu l'idée en 2006 et l’application n’est née que fin 2012. Plus de six ans de recherche - développement pour créer l’algorithme et de pêche aux financements. Il a fallu aussi constituer un comité scientifique solide, indépendant pour déterminer les critères de notation.

Au supermarché, savez-vous ce que vous achetez
Au supermarché, savez-vous ce que vous achetez © CC chat_44

Alors pourquoi ce dépôt de bilan? Disons pour résumer qu’il a manqué trois millions d’euros. Au total, Notéo a récolté cinq millions, auprès de 15 financeurs différents. Mais il lui fallait plus d’argent et de temps : trois ans, selon les plans du fondateur, pour parvenir à l’équilibre.

L'application est gratuite, et entandait gagner de l'argent en proposant aux marques de leur vendre un logo s’ils avaient une bonne note. Pour cela, il fallait devenir un label de référence, avec un million d’utilisateurs. Pas question de tricher sur la note, mais si elle est bonne, le fabricant peut la mettre en valeur sur l’emballage avec un logo, qu’il a payé. Un peu comme les labels « produits de l’année » ou « saveur de l’année ».

Les lobbys sont-ils aussi une explication de l'échec ? Des marques peu désireuses de voir leur produit notés et qui auraient manœuvré pour couler Notéo ? Le créateur de l’entreprise ne pense pas, il dit avoir surtout manqué d’un investisseur courageux . Baptiste Marty ne peut pas s’empêcher de comparer avec les Etats-Unis : il n’est pas forcément plus facile de lever de l’argent outre-Atlantique, mais quand un financeur y va, il y va à fond. Il accepte qu’une entreprise, porteuse d’une bonne idée, ait besoin de temps : je perds de l’argent pendant quelques années, mais je construis une base de données solide, qui aura de la valeur plus tard.

Le plus rageant, dans cette histoire, c’est la phrase que le patron de Notéo a le plus entendu quand il cherchait des sous : « A titre personnel, je trouve ce projet formidable. Mais en tant qu’institution, on ne peut pas vous aider, c’est trop risqué ».

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