Par Dorothée Barba

Une manifestation est prévue contre les gaz de schiste, dimanche à Barjac, dans le Gard. Et c’est l’occasion de se pencher sur une forme de mobilisation qui émerge en France : le désinvestissement.

Si on veut respecter l’engagement pris à Paris lors de la Cop 21 (1,5 à 2 degrés de réchauffement maximum), il faut oublier le gaz, mais aussi le pétrole et le charbon : changer d’ère, renoncer aux énergies fossiles. Et pour cela, s’attaquer au nerf de la guerre : l’argent. Voilà ce que disent les apôtres du désinvestissement. L’enjeu est d’inciter ceux qui financent les énergies polluantes à ne plus le faire, à désinvestir. C’est un combat très anglo-saxon. Ainsi, le journal anglais The Guardian est parti en croisade contre ceux qui financent les pollueurs. L’ONG 350.org porte ce combat, elle est née aux Etats-Unis en 2008.

En France, on en entend beaucoup moins parler mais ça commence à changer. 350.org mène campagne dans l’hexagone depuis un peu plus d’un an. Et l'organisatiopn fait partie de ceux qui appellent à la manif de dimanche.

Le nom de cette ONG correspond à un taux de concentration de Co2 dans l’atmosphère : 350 ppm (parties par millions), c’est le taux acceptable, un « seuil de sécurité climatique », explique Nicolas Haeringer, porte parole en France de 350.org. Aujourd’hui, on est à un peu plus de 400 parties par millions.

Une formule qui fait mouche : c’est la stratégie Dracula . Il s'agit d'exposer à la lumière ceux qui préfèreraient être discrets. Faire savoir qui investit dans les énergies polluantes via leur portefeuilles d’action. Par exemple, en France : le fonds de réserve pour les retraites. C’est un organisme public créé en 2001 pour contribuer à financer les retraites. Ce fonds détient 921 millions d’euros d’actions et obligations émises par des compagnies à énergie fossile. 350.org se bat pour que cet argent public soit réinvesti dans les énergies renouvelables.

La stratégie Dracula implique aussi de féliciter ceux qui s’engagent en sens inverse. Le mouvement en est encore à ses débuts en France, mais 34 collectivités locales ont déjà opté pour le désinvestissement : la ville de Paris, la région Rhône Alpes ou encore le département de la Gironde.

Ce que martèle 350.org, c’est que les investissements polluants ne sont pas rentables . Argument économique donc, et pas seulement éthique : ce sont des actifs risqués, selon de nombreux analystes, des actifs qui vont perdre de la valeur. Notamment à cause de la chute des prix du pétrole. D’ailleurs, quand récemment un fonds de pension norvégien a coupé net ses investissements dans une centaine de pays producteurs de charbon, il a justifié ce choix par le risque financier, ce n’était pas uniquement pour le bien de la planète.

La démarche est encore balbutiante en France. Et le combat est vaste, c’est le moins qu’on puisse dire : à l’échelle de la planète, la capitalisation boursière des entreprises engagées dans les énergies fossiles représente 100.000 milliards de dollars. Les Dracula écolo ont encore du pain sur la planche.

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