l'absentéisme des salariés a coûté près de 7 milliards d’euros aux entreprises françaises en 2012
l'absentéisme des salariés a coûté près de 7 milliards d’euros aux entreprises françaises en 2012 © reuters

Parmi les baromètres scrutés avec attention par les patrons pour connaître la bonne santé de leur entreprise, il y a le taux d'absentéisme des salariés. Selon une enquête dévoilée il y a une quinzaine de jours les chiffres sont en augmentation cette année.

Mais derrière ce fléau s'en cache un autre: le présentéisme.

Un bon salarié n'est pas forcément un salarié présent ! La vraie calamité, pour une entreprise, serait même le salarié qui reste pour se montrer même s'il n'est pas réellement productif.

Celui qui est toujours là pour le pot de départ à 19h30. Le collègue amical qui vous demande, sympa, si vous avez posé une RTT quand vous partez à 17h30. Pire, c'est celui qui vient alors qu'il est malade.

C'est la thèse développée par un jeune sociologue, Denis Monneuse , dans un ouvrage intitulé Le surprésentéisme. Travailler malgré la maladie.

Et c'est une situation très banale, puisque la moitié des salariés français l'ont fait au moins une fois l'année dernière. Mais quand les individus commencent à le faire régulièrement, dit Monneuse il faut tirer la sonnette d'alarme.

Car cela coûte cher : à l'individu qui se met en danger, à l'entreprise, et au final, à la société toute entière :

- Un mal bien français

C'est très répandu en France, et c'est très lié à l'image à la notion de "cadre". Par définition, le cadre français ne pointe pas, n'a pas d'horaire, et il doit être celui qui éteint la lumière en partant. Parce qu'il touche un bon salaire, sa capacité de travail doit être infinie. Le seul pays où cette notion est plus présente qu'en France, c'est le Japon, où le cadre sort le soir avec ses collègues de travail.

-Ailleurs, comment ça se passe ?

Aussi surprenant que ça puisse paraître, les champions des jours de congés sont les Danois et les Finlandais. Rester au travail au-delà de 18h ou 19h, dans les pays nordiques c'est mal vu, c'est louche. Ce serait plutôt révélateur de votre manque d'équilibre. On vous dira que vous négligez soit votre couple, soit vos enfants, et que ce n'est pas très sain, y compris pour l'entreprise.

  • Car le présentéisme peut pervertir le monde de l'entreprise

C'est ce que disent depuis longtemps de nombreux psychologues du travail: quand vous récompensez quelqu'un qui ne fait rien, dans la hiérarchie par exemple, vous enlevez tout sens à l'action de ceux qui agissent. Ca a donc un effet contaminant sur les autres et ça ne peut aboutir qu'à la démotivation. Vous ne valorisez pas ce qui va être bon pour l'entreprise. Et Monneuse va plus loin: cette apparence d'efficacité, dit-il est, grandement responsable du plafond de verre auquel se heurtent les femmes.

Une femme qui boucle un dossier à 17h30 et qui va chercher ses enfants à la l'école n'aura aucune reconnaissance. Au contraire, on la soupçonnera d'être tire au flanc. En revanche, le collègue qui aura multiplié les pause cafés dasn la journée et qui sera là au pot de départ de 19h30 raflera la promotion suivante.

  • Où trouve-ton le plus de présentéistes ?

Dans l'administration, la banque, et les assurances. Et c'est là que ça devient très intéressant. Savez-vous où l'on trouve le plus d'absentéistes? Dans la banque et les assurances.

L'institut CSA, qui a réalisé l'enquête, indique que le taux d'absence est au dessus de la moyenne dans ces secteurs: 5,56%, la moyenne étant de 4,53%. Et le taux global a bondi de 18% entre 2011 et 2012. Donc, on en revient bien à ce que disait Monneuse tout à l'heure : il y a un lien direct entre surprésentéisme et sa conséquence l'absentéisme.

Résultat sur les comptes de la Sécurité sociale l'an dernier: 8,77 milliards d'euros versés en indemnités journalières.

Moralité : « Qui veut voyager loin ménage sa monture ; Buvez, mangez, dormez, et faisons feu qui dure. » (Jean Racine)

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