Quid de la performance économique des entreprises éthiques ?

Dans le monde de l’entreprise, on parle plutôt de la RSE, la responsabilité sociale des entreprises, mais c’est en effet l’idée d’aller vers une activité plus éthique : la RSE englobe les préoccupations pour l’environnement, les conditions de travail, l’emploi, le handicap, et j’en passe. Et il serait intéressant de savoir, en effet, si les entreprises qui mettent le plus l’accent sur la RSE ont de meilleurs résultats que les autres. Ou si au contraire, elles sont moins rentables.

Il y a énormément d’études sur le sujet et le problème, c’est que toutes ne disent pas la même chose . Mais alors pas du tout. C’est ce que soulignait un prof de management dans le Monde de ce week-end. Dans certaines études, écrit Jérôme Barthélemy, la relation entre la responsabilité sociale des entreprises et leur performance financière est positive. Dans d’autres, elle est neutre, voire négative. Comment expliquer ce phénomène surprenant ? Une méta-analyse menée par un chercheur australien apporte des réponses. Une méta-analyse, c’est une méthode statistique qui consiste à combiner les résultats de plusieurs études.

Sur le sujet, il y avait beaucoup de matière, en l’occurrence. Le chercheur australien s’est penché sur les études depuis le début des années 70. Le résultat, c’est que la relation entre la RSE et la performance financière est légèrement positive, mais surtout que ce lien entre les deux dépend des revues dans lesquelles ces études sont publiées !

En fait, ces études dépendent avant tout de l’idéologie des chercheurs et de celle des revues dans lesquelles ils publient . Beaucoup d’économistes, depuis Milton Friedman, sont plutôt sceptiques à l’égard de la RSE. Pour eux, explique Jérôme Barthélémy, elle a obligatoirement une incidence négative sur la rentabilité : ça coûte de l’argent et ça n’en rapporte pas. La RSE ne fait que détourner les entreprises de leur finalité : créer de la valeur pour l’actionnaire.

Résultat : les revues d’économie, de finance et de comptabilité ont tendance à publier des études qui vont dans ce sens.

Dans le camp d’en face, chez les spécialistes de l’éthique et de la RSE, le défaut est le même : on part du principe que la RSE est compatible avec la rentabilité. L’hypothèse est même celle d’un cercle vertueux : plus une entreprise investit dans la RSE, plus sa rentabilité va s’améliorer et plus elle pourra à nouveau investir dans la RSE. Les revues spécialisées publient donc en priorité des études qui vont dans ce sens.

C’est un peu à se demander s’il est possible de mener une enquête neutre, sérieuse, sur un tel sujet, qui est idéologiquement connoté.

Quel enseignement tirer de cette méta-analyse ?

On peut y voir, malgré tout, un élément encourageant. Toutes ces études révèlent une chose : si on ne peut pas affirmer que la RSE a un impact positif, on n’a pas pour autant la preuve qu'elle dégrade la performance financière. Dans ce cas, pourquoi les entreprises n’opteraient-elles pas pour un comportement socialement responsable ? Cela permettrait d’améliorer leur image sans que leur rentabilité en pâtisse (et donc sans faire de tort aux actionnaires). De quoi se donner bonne conscience à peu de frais.

Comme me le disait un jour un chef d’entreprise très engagé pour l’emploi des personnes handicapées, « quand on fait quelque chose de bien pour de mauvaises raisons (en l’occurrence, pour se payer une bonne image), ça reste quelque chose de bien ».

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