La biennale d’architecture démarre demain à Venise. Dorothée Barba en profite pour nous parler d’une révolution à l’œuvre dans le secteur du bâtiment.

Et BIM. C’est ainsi qu’on désigne cette révolution numérique : le BIM, pour « building information modeling ». En français : « modélisation des données du bâtiment ». Pour le dire simplement, c’est la maquette numérique. Avant de construire un bâtiment, ou de le rénover, on le conçoit une maquette en 3D par ordinateur que tous les acteurs de la construction vont pouvoir utiliser. L’architecte, le maitre d’œuvre et tous les partenaires travaillent sur une même maquette : voilà qui représente un sacré changement des pratiques.

Exemple : un architecte dessine votre maison. Pour l’instant, dans la majorité des agences, il va le faire par ordinateur, mais en deux dimensions. Il dessine des plans, des coupes, des façades. Et si, au dernier moment, vous avez envie de changer une fenêtre de place, il faudra modifier chaque document un par un. Il faudra aussi prévenir tous les professionnels impliqués dans le projet. Eh bien grâce au BIM, tout est plus simple : quand vous changez une fenêtre sur un plan en 3D, vous le faites une seule fois. Et surtout, le logiciel en informe tous vos interlocuteurs : le thermicien, par exemple, ou l’économiste de l’entreprise de BTP, qui pourra calculer immédiatement le surcoût éventuel. Même chose si c’est l’entrepreneur qui a fait une modification : l’architecte en est informé. Le travail entre maitre d’œuvre et maitre d’ouvrage devient collaboratif.

Certains estiment qu’on est en retard en France, notamment si l’on compare au Royaume Uni. Qu’est ce qui montre que la révolution BIM est lancée, dans l’Hexagone ?

Le tout premier permis de construire numérique : il a été déposé à Bussy Saint Georges, en Seine et Marne, pour un ensemble de logements locatifs, lancé par Emmaüs Habitat. Le dossier repose sur une maquette 3D d’où peuvent être tirés tous les plans et toutes les informations dont peut avoir besoin la mairie, afin de vérifier si le projet est conforme à l’urbanisme local.

L’architecte à qui l’on doit ce projet, François Pelegrin, est un militant du BIM de la première heure. Il estime qu’il y a beaucoup à gagner pour le secteur : on gagne du temps, donc de l’argent, et on évite les erreurs corrigées au dernier moment, sur le chantier. Si vous prévoyez un tuyau à tel endroit mais que le tuyau rencontre une poutre, le logiciel va vous le signaler tout de suite, sur la maquette numérique. Autre atout : grâce au BIM, on connait précisément en amont les quantités de matières nécessaires : combien de briques, combien de mètres de moquette, etc. Là aussi, ce sont des économies à la clé.

Ce virage du BIM représente un investissement pour les agences d’architecture : entre 15 et 20.000 euros par poste de travail (pour le matériel et la formation). Aujourd’hui, selon François Pellegrin, seulement 30% des agences en France sont équipées en BIM. Il est convaincu que d’ici cinq ans, tout le monde aura franchi le pas. Et que ceux qui ne l’auront pas fait vont tout simplement disparaitre.

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