Même si la fuite de Londres n’a pas lieu, on sait que le marché immobilier réagit aussi bien à des effets réels qu’à des effets liés à la psychologie des acheteurs et des vendeurs.

Quartier de la Défense à Paris (à droite, la Tour First)
Quartier de la Défense à Paris (à droite, la Tour First) © Maxppp / Vincent Isore/IP3

La question se pose. Car à Londres, nombreux sont ceux qui s’inquiètent : les entreprises qui voyaient dans la capitale britannique une plate-forme pour desservir le marché européen pourraient décider de déplacer une partie de leur siège dans d’autres villes. Et de s’installer à Paris, par exemple. Cela aurait évidemment un impact sur le prix au mètre carré des bureaux.

Le sujet est d’autant plus sensible que de nombreux observateurs parlaient déjà d’une dangereuse flambée des prix dans ce secteur, et surtout en région parisienne. « Immobilier de bureau : Paris bulle-t-il ? », lisait-on dans La Tribune en février. Transaction emblématique : la vente du plus haut gratte-ciel du pays, la Tour First, dans le quartier de la Défense. Vendue début 2016 pour 800 millions d’euros à une filiale immobilière de l’assureur AXA.

Les autorités appellent donc à la vigilance. Et d’abord la Banque de France, dans une étude publiée la semaine dernière. Voilà ce qu'on lisait dans ce rapport :

L’existence d’un excès d’offre sur le marché immobilier commercial, associée à un choc financier en cas de remontée des taux d’intérêt, pourrait entrainer une chute générale des prix du secteur .

En d’autres termes, la bulle spéculative pourrait éclater, selon la Banque de France, surtout en région Ile de France qui concentre les trois quarts des transactions nationales.

Un peu plus tôt, en avril, c’était le Haut Conseil de stabilité financière qui s’inquiétait, parlant d’une « période d’emballement ». L’immobilier commercial séduit beaucoup les investisseurs, qui le considèrent comme un des meilleurs placements. C’est plus rentable que l’immobilier d’habitation, le bail commercial est beaucoup plus souple, et les locataires souvent s’installent dans la durée. Mais cela va sans doute trop loin. Les prix au mètre carré ont augmenté de 11% entre 2014 et 2015 et la hausse est continue depuis 2010.

Cette inquiétude n'est cela dit pas franchement partagée par les professionnels du secteur. Et ce n’est pas surprenant. Certes, les valorisations sont importantes, mais selon les acteurs de l’immobilier, il n’y a pas de déconnexion entre l’offre et la demande. Les investisseurs sont à la recherche de placements sûrs, dans une optique de long terme. Rien à voir avec une logique spéculative, à les croire. Il n’en reste pas moins que selon le Haut Conseil de stabilité financière, les prix sont largement surévalués, parfois jusqu'à 30% de trop.

Au total, 263 milliards d’euros ont été investis dans l’immobilier de bureaux en 2015, soit une hausse de 18%.La France est le troisième marché européen derrière le Royaume Uni et l’Allemagne.

On verra dans les mois qui viennent si le vote des Britanniques pour quitter l’Union Européenne fait encore gonfler la bulle.

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