Par Dorothée Barba

la production de nissan par renault en france conditionnée à l’accord de compétitivité
la production de nissan par renault en france conditionnée à l’accord de compétitivité © reuters

Renégocier seize ans après la noce, oui la question se pose très sérieusement aujourd’hui. Nissan le demande haut et fort, en tout cas. Hier le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, a déclaré qu’il ne fallait pas « déstabiliser l’alliance par des changements ». Autrement dit, le rapport de force, qui pour l’instant penche clairement du côté de Renault, doit rester en l'état.

On parle de modifier l’alliance Renault –Nissan, et pourtant il ne s’agit pas d’un conflit entre Renault et Nissan. C’est plus compliqué que cela. En fait, Carlos Ghosn est le patron des deux constructeurs automobiles. Et d’après tous les observateurs, c’est lui qui aimerait voir Nissan prendre le pouvoir au détriment de Renault. Son argument : aujourd’hui Nissan pèse beaucoup plus lourd. Mais c'est oublier que Nissan évolue sur des marchés plus faciles (notamment la Chine et les Etats-Unis) et que si Nissan se porte bien aujourd’hui, c’est grâce à l’aide de Renault à l’époque. En 1999, le Japonais était par terre, c’est Renault qui l’a aidé à se relever. Et tout naturellement, le contrat de l’époque (retouché en 2002) faisait de Nissan, peu ou prou, une filiale de Renault. Le déséquilibre vient du rapport de force de l’époque. Aujourd’hui, il peut sembler incongru vu le poids respectif des deux « époux ». Et si le sujet est ssensible, c'est parce qu'on parle de créer un groupe et non pas une alliance. La question serait alors : le groupe serait-il français ou japonais ?

Quel est le rôle du gouvernement français dans cette affaire ? L’Etat est actionnaire de Renault. Il l’était à hauteur de 15% avant le printemps dernier, et puis il a acheté 5% en plus en avril pour obtenir les droits de vote doubles, prévus par la loi Florange. Cette loi promulguée en 2014 visait à soutenir l’actionnariat de long terme pour éviter les pratiques dites opportunistes et donner plus de pouvoir aux actionnaires sérieux.

L’Etat a donc acheté des actions Renault supplémentaires au printemps dernier pour obtenir ce vote double en AG. Et après ? Il les a revendues, comme prévu. On peut questionner cette attitude, au passage. Nathalie Pelras, du cabinet Richelieu Finances, estime que dans cette affaire l’Etat s’est comporté « comme un trader ». Si n’importe quel financier avait agi de la sorte - acheter des actions pour prendre du pouvoir, obtenir ce pouvoir de façon durable, et ensuite les revendre - on aurait crié au scandale. C’est là que la crise, qui couvait depuis un moment entre Carols Ghosn et l’Etat, a éclaté au grand jour.

Mais finalement, l’Etat les a gardés, ces titres Renault. Alors qu’il était question de les revendre avant la fin de l’année.

L’affaire Volkswagen est passée par là . Le cours de l’action Renault s’est effondré. La crise chinoise aussi y est pour quelque chose. Revendre signifiait pour l’État perdre de l’argent, celui du contribuable. Alors, on a attendu. Mais aujourd’hui, alors que les titres du secteur automobile connaissent un premier rattrapage (on est autour de 80 euros par action, soit la valeur du mois d’août dernier, avant l’affaire Volkswagen), il ne semble pas être prévu de vendre. Garder ces titres, rester actionnaire à 20%, c’est donc clairement une façon pour le gouvernement de conserver un maximum d’atouts vu le climat qui règne avec Carlos Gohsn.

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