Par Dorothée Barba

« L’université du bonheur au travail » débute ce matin. Une formation de trois jours, organisée à Paris pour les cadres et les responsables des ressources humaines.

Décidément, le bonheur est dans l’air du temps ! On en parle de plus en plus, mais c’est souvent du « happy washing ». L’expression a été créée sur le modèle du « green washing » : quand les entreprises se servent de l’écologie, de façon hypocrite, pour se faire de la pub. Le « happy washing », c’est quand on s’offre une belle image en utilisant le bonheur au travail.

McDonald etGoogle ont ainsi inauguré une nouvelle fonction : « le chief happiness officer », directeur général du bonheur (l’histoire ne dit pas s’il est déguisé en clown, comme Ronald Mc Donald ).

Mais l’université du bonheur au travail n’est pas à mettre dans le même panier, à mon avis. Elle est organisée par la Fabrique Spinoza, un groupe de réflexion qui existe depuis quatre ans (avant la mode, donc) et se mobilise pour mettre le bonheur au cœur des préoccupations.

Bonheur au travail
Bonheur au travail © Nick Shepherd/Ikon Images/Corbis

Certes, cela fait un peu Bisounours. Mais le propos est très malin : il existe une science du bonheur, portée par des chercheurs en psychologie et en neurosciences notamment, alors pourquoi ne pas la mettre à la disposition des entreprises?

Ce qui fait surtout l’originalité de cette université du bonheur au travail, c’est que ce n’est pas une énième conférence magistrale. Elle est construite autour d’ateliers très concrets, pour les cadres et les DRH.

Pour apprendre à faire quoi ? Dutzatziki , par exemple ! Oui, cette recette grecque à base de yaourt et de concombre. C’est un atelier pour comprendre les impacts de l’organisation du travail sur le bien-être. Les gens sont séparés en petits groupes et doivent chacun faire un tzatziki . Mais pas tous dans les mêmes conditions. Histoire de montrer qu’on travaille mieux si la consigne est accompagnée d’une vision. La vision, ce sera par exemple de faire untzatziki très beau, ou de faire le meilleur tzatziki du monde, ou de le faire le plus vite possible. Il ne suffit pas de dire : « Voici les ingrédients, allez-y ». Si le pouvoir hiérarchique est très fort et qu’il n’y a aucune vision, on est dans une organisation bureaucratique, et ce n’est pas idéal pour le bonheur au travail. Mieux vaut opter pour l’autonomie, mais toujours avec une vision.

Autre exemple : lesfeedbacks des managers (en français : les retours des cadres à leurs collaborateurs). En général, le ratio est de trois remarques négatives pour une remarque positive. Or, ce que disent les neurosciences, c’est que notre cerveau est plus attentif à ce qui va mal. La contagion émotionnelle est plus forte dans le négatif. Il faut donc inverser ce ratio : trois remarques positives pour une remarque négative. Ne pas oublier de dire aussi à ses collaborateurs quand c’est bien !

Des études prouvent qu’il y a un lien entre bien-être et performance. Un salarié plus heureux travaille mieux, il est plus performant. Mais les participants à cette « université du bonheur au travail » ne seront pas là pour la rentabilité de leur entreprise. Ce n’est pas l’objectif ! Mais après tout, si la performance est un effet collatéral, tant mieux ! D’autant que le succès économique d’une entreprise contribue… au bonheur des salariés. Là aussi, c’est prouvé. La boucle est bouclée, c’est un cercle vertueux.

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