Dans le Doubs, la communauté des fabricants de Comté est en plein émoi. L’un de leurs fabricants de lait a accepté un robot pour traire les vaches.

Dans ce cas de figure, il s’agit d’un producteur lait destiné au Comté. Un fermier qui a décidé de déléguer à deux machines le pis de ses 45 vaches. Toute la profession des producteurs de Comté lui est tombé dessus.

Refuser un robot de traite, c’est un peu comme refuser les portables, la voiture ou le wi-fi, c'est en apparence un problème de riche. En apparence. Parce que ce qui se joue ici c'est la fabrication du Comté tel que vous le connaissez, avec son Appellation d’Origine Contrôlée.

Derrière ce label, il y a un nombre de règles à respecter dont vous n’avez pas idée. Et parmi le cahier des charges: l’obligation faite aux producteurs de lait, de traire leurs vaches à la main.

Parce que la traite c’est un moment où le fermier peut détecter une maladie. Une bête malade ça peut être lourd de conséquences pour une récolte de lait. Cela peut vouloir dire jeter toute la production s’il est contaminé, pour éviter de toucher l’homme… mais cela garantit la qualité du produit.

Deuxième argument: avec des automates, évidemment c’est moins fatigant pour le fermier. Plus besoin d’emmener ses vaches au champs, il peut les laisser au hangar, acheter des compléments alimentaires, du tourteau de soja, du maïs… et oublier les hautes herbes des pâturages.

Mais ça c’est ce qui fait hurler la filière. C’est comme ça, disent-il, qu’un agriculteur devient captif de ses fournisseurs. Des fournisseurs qui tôt ou tard le prendront à la gorge avec des tarifs prohibitifs qu’ils fixeront à leur guise. Pour le lait pasteurisé tout ça n’est pas un problème.

Mais pour le lait cru, c’est toute un écosystème qu’on perturbe. La preuve, dans d’autres régions.

Vous avez des fromages qui sont aujourd’hui en danger: le camembert au lait cru, il n’existe plus que deux producteurs. Le roquefort serait également en sursis. Pour les organisations syndicales agricoles ce robot, introduit à la ferme, c’est donc le cheval de Troie qui mettrait à mal toute la filière.

Quand la coopérative locale a découvert l’existence des robots, elle a refusé tout cru de collecter le lait de ce fermier robotisé. Ce dernier a donc saisi la justice, qui a donné l’ordre de reprendre la collecte chez le paysan mis en cause.

Mais parallèlement la juge a admis qu’elle n’y entendait rien… en fabrication de comté en lait cru en pâturage et en pis de vache.

En ce qui concerne le paysan robotisé, quels sont ses arguments? Il n’a pas répondu à mes appels.

En attendant une décision définitive de la justice, en septembre prochain, l’ensemble des organisations syndicales reste très fortement mobilisée. En mars dernier elle a organisé un grand rassemblement…

Voyez elle est bien déterminée à ne pas faire en faire fromage…au sens propre du terme c’est à dire à ne pas faire de fromage avec ce lait récolté par un robot.

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