Aujourd’hui, se tient à Berlin le sommet du groupe de Weimar, qui réunit France, Allemagne et Pologne, pour discuter de l’embargo russe mis en place, il y a un an, en représailles aux sanctions européennes contre l’annexion de la Crimée. Depuis cet embargo, certains produits sont considérés en Russie comme des ennemis publics numéro 1.

fromage
fromage © S.Conrad

Ce matin, on plante le décor : un parfum de prohibition comme au début du XXe siècle aux États-Unis. Sauf que nous ne sommes pas à Chicago mais à Moscou. Si je vous dis que la police russe a démantelé une dangereuse mafia il y a une dizaine de jours, vous pensez à quel genre de crime? Plus grave que les armes, le poison, les explosifs ?

De la contrebande de fromage, considéré comme nocif pour la sûreté de l'État.

Depuis le début du mois d’août, il s’emploie à faire détecter ses filières, ses planques, les endroits où l’on trafique les étiquettes pour faire croire qu’il a été fabriqué dans un pays ami. Il y a eu une vingtaine de raids opérés sur des maisons, des dizaines sur des magasins et sur des bureaux.

Des citoyens ordinaires dénoncent leur voisin, sur une odeur de fromage cuit. Des activistes font même régulièrement la tournée des supermarchés pour vérifier qu’il n’y a aucun fromage français ou américain dans leurs rayons.

Il y a 15 jours, le ministère russe de l’Intérieur a fait une belle prise.

470 kilos de présure occidentale, qui sert de base au fromage.

Les six personnes qui composaient ce redoutable gang du fromage ont été arrêtées et risquent jusqu’à dix ans de prison. Quant à leur précieuse cargaison, évaluée à 27 millions d’euros, les douanes ont ensuite procédé à la destruction des stocks au bulldozer. Une scène de fromagicide en somme, comme il s’en déroule régulièrement maintenant…

Une grosse cargaison de bacon tout récemment a eu droit au même traitement. Les fruits les légumes sont très touchés aussi, mais effectivement, le fromage a droit à un traitement de faveu r.

Alors en Russie, le consommateur moyen paye cet embargo au prix fort: si le citoyen russe aspire à autre chose qu’à de la vodka et du saumon, il reste très peu de choix dans les rayons et les produits sont beaucoup plus chers…

Mais les dégâts sont considérables pour les pays concernés: rien que pour le fromage les États-Unis ont perdu 950 millions de dollars d’exportation et l’Europe, 550 millions, le Danemark touché en première ligne.

Pour certains économistes, ce coup de menton russe est un chant du cygne qui préfigure la faillite de son tissu économique et la fermeture de son économie.

Ceci dit, les têtes pensantes moscovites ne sont pas complètement folles. Elles n’ont pas oublié de retirer de la liste de l’embargo un certain nombre de produits de luxe notamment italien : le caviar Agroittica, quatre tonnes vendues l’an dernier, l’huile d’olive, le jambon cru italien prosciutto , et plusieurs vins ont été épargnés.

On a une petite idée, maintenant, des menus à la cantine du Kremlin.

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