Par Dorothée Barba

C’est une résolution pour la nouvelle année : et si on autorisait les émotions au bureau ? Allez, chiche : en 2016, on pleure, on rit, on a le droit de faire la gueule au travail, ou d’être de très bonne humeur !

Parce que c’est humain, tout simplement. Nos émotions font partie de nous, il n’y a aucune raison de les laisser à la porte quand on arrive au travail. Le sociologue Michel Gollac, auteur d’un rapport qui fait référence sur les risques psycho-sociaux, évoque l’exigence émotionnelle comme l’un des grands facteurs de stress au travail. Et le stress est très mauvais pour la performance de l’entreprise.

L’exigence émotionnelle , c’est l’obligation de porter un masque. Une injonction rarement officielle, mais largement répandue : pleurer, ça ne se fait pas, alors on se cache. Et l’exigence émotionnelle fonctionne dans les deux sens : il peut être mal vu d’afficher sa bonne humeur, surtout si l’entreprise, elle, ne va pas bien.

Eh bien certains pensent au contraire que réintroduire l’émotion en entreprise est un progrès . Notamment la Fabrique Spinoza , un groupe de réflexion sur le du bonheur au travail. Alexandre Jost, le patron de ce « think tank », explique que les entreprises commettent souvent une erreur funeste : confondre le bonheur et la joie.

Le bonheur au travail, ça ne veut pas dire être joyeux tout le temps. Mais c’est avoir l’impression que mon métier a du sens et que j’appartiens à un collectif. Cela n’interdit pas d’avoir le cafard, parfois. Evidemment, attention à ne pas confondre le symptôme et les causes : si je pleure tous les jours au bureau, c’est qu’il y a un problème, évidemment ! Mais pleurer ne doit pas être tabou.

Les entreprises peuvent gérer les émotions de leurs salariés par plusieurs techniques. Par exemple les formations à l’intelligence émotionnelle et à la communication non violente. Pour apprendre à ne pas aboyer sur son collaborateur ou l’insulter parce qu’il a fait n’importe quoi, mais plutôt lui exposer les faits et exprimer ses émotions, justement : tu as fait telle chose et cela m’a contrariée pour telle raison. La Fabrique Spinoza a organisé récemment un atelier de communication non violente à la Société Générale.

Autre technique : organiser, au sein de l’entreprise, des moments où les émotions ont leur place. Exemple : chez Pimkie, une enseigne de prêt à porter, il y a des « points météo » avant chaque réunion. Avant de commencer la réunion, chacun doit dire comment ça va, si l’ambiance est plutôt au grand soleil, à la pluie ou à la foudre. Cela permet de créer un climat de confiance dans l’entreprise et surtout de laisser sa chance à l’empathie : si un collègue se sent d’humeur « brouillard » ou « crachin breton », tout le monde lui parlera avec plus de précaution. Là encore, c’est dans l’intérêt de tous, et dans celui de l’entreprise.

Et puisque l’empathie, ça s’apprend, je vous conseille ce livre, passionnant :Eloge de la gentillesse en entreprise , du philosophe Emmanuel Jaffelin (éditions First). « La gentillesse, écrit-il, apporte à l'entreprise ce supplément d'âme que Bergson appelait de ses vœux pour compenser l'ascendant de la technique sur l'esprit ».

D'ailleurs c’est aussi une belle résolution : allez, en 2016, on essaie la gentillesse au travail !

Et si on laissait parler ses émotions, au travail ?
Et si on laissait parler ses émotions, au travail ? © Jetta Productions/Blend Images/Corbis
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