Aux Etats-Unis, les milliardaires financent de plus en plus de projets scientifiques d'envergure. Espace, recherche médicale, océans, ils explorent tous les domaines. Mais leur générosité ne risque-t-elle tuer la recherche publique ? La polémique enfle en Amérique du Nord.

Le « TMT » Thirty Meter Telescope, sera le plus grand et le plus puissant télescope au monde, expliquent ces scientifiques. 30 mètres de haut, bientôt en construction à Hawaï, pour un coût de 200 millions de dollars financés par la fondation Gordon Moore, l’un des cofondateurs du processeur Intel.

Les exemples ambitieux, lubies des grosses fortunes, sont légion aujourd'hui aux Etats-Unis: Nathan Mhyrvold, un ancien de Microsoft, a financé en intégralité une mission pour déterrer un fossile de tyrannosaure Rex.

Si l’on sait désormais que le Kraken existe bel et bien, c'est grâce à un autre milliardaire: Ray Dalio. Une équipe de sa fondation, embarquée sur son super yacht, a ramené les premières images au monde du calamar géant.

De la chasse aux extraterrestres en passant par la médecine appliquée, les domaines de recherche les plus hétéroclites sont donc financés à grands coups de millions de dollars.

Parmi les donateurs, on trouve les plus grosses fortunes mondiales: Jeff Bezos, fondateur d'Amazon pour la recherche sur le cerveau des enfants, l'ancien maire de Bloomberg s'intéresse à l'obésité et aux problèmes de santé publique ; Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, consacre une partie de sa richesse à sciences et aux mathématiques…

Cet argent est aussi un gage de réussite et on trouve dans le domaine de la médecine des exemples convaincants. Des traitements pour soulager certaines formes de mucoviscidose, ralentir le développement de maladies orphelines, accélérer la recherche sur le cancer du sein, ou la maladie de Parkinson…

Quand l'argent coule à flots, les résultats sont souvent au rendez-vous. La fondation la plus connue en la matière est la Ellison Medical Foundation, une manne de 500 millions de dollars dont ont bénéficié des centaines de biologistes pour financer leurs recherches.

Trois d'entre eux ont même gagné le prix Nobel, Ellison étant au passage la 5ème fortune mondiale, selon le magazine Forbes. Mais le plus généreux de tous en matière de médecine reste évidemment Bill Gates, avec 10 milliards de dollars dépensés pour des vaccins la recherche. Une générosité qui a permis de lutter plus efficacement contre la polio et la malaria.

Ces succès n'empêchent pas les critiques, et on peut craindre l'abandon des politiques publiques. Parce que pendant ce temps, les laboratoires ferment, on licencie les scientifiques, et les grandes priorités ne sont plus déterminées par l'intérêt national ou l'intérêt général, mais par la fantaisie des uns ou des autres ou l'intérêt particulier dans le meilleur des cas.

Si le milliardaire Sergey Brin de Google finance à coups de millions la recherche sur la maladie de Parkinson, c'est parce que sa mère en souffre. Et si à Hawaï certains s'élèvent contre le télescope de 30 mètres de haut sous prétexte qu'il va violer un territoire sacré, aucune autorité n'intervient pour corriger le tir.

Aujourd'hui, aux Etats-Unis, de nombreuses voix s'élèvent donc pour dire que la philanthropie ne saurait en aucun cas se substituer au financement d'Etat. En d'autres termes, pour rappeler que « science sans conscience n'est que ruine de l'âme » comme le disait Rabelais.__

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