La délimitation des océans et des continents nous semble aller de soi mais elle n'a rien de naturelle. Notre représentation du monde est, avant tout, culturelle. Daniel Fiévet nous invite à regarder notre planète avec un œil neuf.

Illustration du livre de Christian Grataloup, géohistorien, auteur de "L'invention des continents et des océans" (Hachette).
Illustration du livre de Christian Grataloup, géohistorien, auteur de "L'invention des continents et des océans" (Hachette). © Getty / Stocktrek Images

La Terre vient de boucler un nouveau tour de soleil. Alors, prenons le temps de la regarder telle qu'elle est et pas telle qu'on nous a appris à la voir. Par exemple, le découpage des trois grands océans n'est qu'une convention. Il n'y a en réalité qu'un seul et même océan à la surface du globe. 

De même, la délimitation des différents continents a beau nous sembler naturelle, elle est totalement arbitraire. Notre représentation du monde est façonnée par notre culture. D'ailleurs, pour les Français, il y a cinq continents, alors que les Britanniques et les Étasuniens, en dénombrent sept. Ils séparent les deux Amériques et comptent l'Antarctique. 

La notion même de continent est assez floue

L'Océanie, avec tous ses archipels, est plus liquide que terrestre, tandis que l'Afrique, l'Asie et l'Europe forment un seul et même bloc continu. Pour cette raison, au XIXème siècle, les géographes français considéraient qu'il n'y avait que deux continents : l'ancien et le Nouveau Monde, eux-mêmes divisés en parties terrestres. Au fil de l'Histoire, notre représentation du monde n'a cessé d'évoluer, comme le raconte le géohistorien Christian Grataloup, dans un très beau livre intitulé L'invention des continents et des océans, aux éditions Larousse. 

On y découvre comment les Européens ont progressivement imposé au reste de la planète leur découpage du monde après la période des grandes découvertes aux 15e et 16e siècle, puis la colonisation. C'est le fait de devoir se situer par rapport aux autres civilisations qui les a conduits à se définir comme Européens. Évidemment, sur la carte, ils se sont placés au centre. Ils ont tracé les contours d'un territoire européen relativement restreint en essayant de garder une certaine homogénéité culturelle. Mais ils n'ont pas hésité à faire de grands ensembles, beaucoup plus vastes et disparates tout autour. En gros, il y avait nous et les autres, les autres à l'est, l'Asie, les autres au sud, l'Afrique et les autres à l'ouest, l'Amérique. 

Et si ce n'était pas les Européens, mais les Chinois par exemple, qui avaient imposé leur grille de lecture du monde, le découpage n'aurait pas été le même. 

Cela ne fait aucun doute pour Christian Grataloup. Dans son livre, il s'amuse à imaginer comment la Chine aurait pu découper le monde si l'Europe n'avait pas imposé ses choix. Selon lui, les Chinois auraient délimité leur propre espace de civilisation, incluant la Corée, le Japon et le Vietnam. Ils auraient sûrement identifié un monde du Sud, l'Inde, et un vaste monde à l'ouest, allant de la Perse aux îles Britanniques, incluant l'Afrique. Un découpage imaginaire qui peut sembler fantaisiste, mais qui n'est pas plus absurde que celui dont nous avons hérité et qui nous est si familier.

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