En 2007, s’est produit un événement majeur dans l’histoire de l’humanité : pour la première fois le taux d’urbanisation mondial atteignait le seuil des 50%. La moitié de la population de la terre vivait donc à ce moment-là dans les villes. D’ici 2050, ce taux devrait atteindre 68%.

Une urbanisation qui a transformé de façon spectaculaire nos sociétés et nos paysages et qui comme le rappelle le géographe Michel Lussault est aussi à l’origine de grands déséquilibres auxquels nous devons faire face. La pandémie de Covid-19 a justement mis en lumière les fragilités de cette mondialisation urbaine contemporaine. 

Le premier exemple marquant de la vulnérabilité des villes, rappelle Michel Lussault, est le 11 septembre 2001. C’est la première fois, explique t-il, qu’un événement global et traumatique a fait d’une ville comme New-York, une métropole fragile. D’autres événements ont suivi : l’ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans, le tsunami de 2004 ou la crise financière de 2008. 

Et puis, il y a quelques mois s’est produit en Chine un fait minuscule en soi : la première infection d’un nouveau coronavirus sur un humain. Mais cet événement, quelques semaines plus tard, a entraîné des effets en cascade jusqu’à affecter la vie de plus de quatre milliards d’individus en figeant les métropoles dans le confinement.  

La géographie s’est toujours intéressée aux phénomènes épidémiques car ils révèlent les forces et les faiblesses des espaces habités lorsqu’un événement vient bousculer l’ordre des choses.

Est-ce que cette vulnérabilité concerne les villes de toutes les tailles ?

Oui car l’urbanisation s’est généralisée en installant partout de nouvelles formes de vie sociale, bien au-delà des mégapoles et des grandes agglomérations.

Le virus a trouvé dans nos espaces urbains, les conditions idéales pour prospérer. Michel Lussault explique que le coronavirus est un marqueur de l’intensité relationnelle des villes. Une intensité qui devient redoutable à la moindre anicroche. Selon le chercheur, le Covid-19 va obliger les villes à repenser leurs principes en engageant de nouvelles réflexions. 

Par exemple ? 

Le confinement a permis à un certain nombre de personne qui étaient privées d’espace de se réapproprier leur localité et de redécouvrir les lieux de proximité. L’attrait du local devrait se renforcer en articulant autrement les espaces pour nous reconnecter à la biodiversité. On peut imaginer un mélange de places publiques, de jardins horticoles mais aussi agricoles en raison d’une pandémie qui nous a sensibilisés à la subsistance alimentaire. 

Une prise de conscience qui remet en cause aussi certaines mobilités comme la voiture ou le transport aérien. Tout le monde a remarqué qu’une ville sans voitures redéfinit la grandeur de l’espace public. Et l’on voit en ce moment la place qu’ont pris les vélos avec le déconfinement. 

Le coronavirus est donc une formidable opportunité pour réinventer un modèle de ville plus proche de l’humain et de l’environnement. Nous y reviendrons cet AM dans la Terre au Carré qui fait son retour toujours en formule courte avec Bruno Duvic. 

  • Légende du visuel principal: Londres vide pendant le confinement, dû à l'épidémie de Covid-19 © Getty / Rupert Hitchcox Photography Limited
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