La vague qui a ravagé les côtes japonaises en 2011 sur 10 km de long a emporté à la mer 5 millions de tonnes de débris. Les utilisant en guise de radeaux, des centaines d'espèces nippones sont aujourd'hui installées de l'autre côté du Pacifique.

Sophie Bécherel
Sophie Bécherel © Radio France / Christophe Abramowitz

Bateaux de pêche disloqués, maisons détruites , voitures, arbres, objets divers... Un amas visible par les satellites qui a formé comme une île de la taille du Texas 561 kilomètres carrés. Mois après mois, les courants ont conduit ces débris à traverser le Pacifique et à les déposer sur   la côte ouest des Etats-Unis depuis l'Alaska jusqu'à la Californie . Deux ans et demi plus tard,  ils continuaient de flotter mais les premiers touchaient les côtes.   Les scientifiques ont alors voulu les suivre à la trace.  Ceux qui coulaient au fond de l’océan comme ceux qui flottaient. Année après année, ils ont été comptés, triés, classés…  Six ans plus tard, le nombre de ces passagers clandestins impressionne les biologistes marins.  Car pour traverser le Pacifique et réaliser ce périple inédit, ces espèces ont utilisés les débris comme de vulgaire radeaux. 

Une traversée de 7000 km

Les biologistes n’avaient jamais vu une résistance des organismes marins sur une telle distance  et tant d’années.  Au début, les organismes marins étaient accrochés à des bouées, des cordes, des palettes, des filets, des caisses de navires, voire des coques de navire. Des centaines de débris différents …puis les débris se sont fragmentés mais les organismes marins ont survécu…. A peine le temps de s’arrêter à Hawaï que la migration continuait… Près de 300 espèces d’invertébrés et de poissons déjà dénombrés    Et il continue d’en arriver   Oui avec des vagues plus importantes au printemps chaque année à la faveur des vents saisonniers. Parfois il y a jusqu’à vingt espèces différentes sur un débris. Parfois les biologistes n’ont trouvé qu’un seul spécimen  d’une espèce précise. Parmi les invertébrés, ce sont les mollusques les plus courants. La moule mityllus galloprovincialis a ainsi migré aux Etats Unis comme la balane megabalanus  un crustacé. Mais il y a aussi des méduses, des anémones de mer, des vers, des crabes  et autres bivalves. C’est une ménagerie !   

Une uniformisation des océans?

Comment va se passer la cohabitation avec les autochtones ?   Certains nouveaux arrivants pourraient-ils devenir des espèces invasives ? Bouleverser les écosystèmes locaux ? Constituer de nouvelles opportunités économiques ?  Ces espèces n’ont pas d’autres choix que de s’adapter à leur nouvel environnement. Et s’ils sont étonnées par la résistance au  voyage trans-océanique , jugé hostile, les chercheurs tentent de l’analyser. Peut-être est-ce l'avancée plutôt lente 2 à 4 km/h des débris qui l’a rendu possible. Sur plusieurs années, il y a eu plusieurs cycles de reproduction. Les larves sont restées accrochées aux objets flottants en particulier le plastique ou le polystyrène dont le temps de dégradation est très long.  « C’est peut-être l’une des plus grande expérience naturelle non planifiée en biologie marine » selon l’un des auteurs de l’étude parue dans Science. La confirmation en tout cas de l'impact de l'activité humaine sur la nature. Allons nous vers l'uniformisation de la vie océanique?  Bienvenue dans l’anthropocène!

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