L' "effet pieuvre" a encore frappé avec une publication américaine parue dans la revue "Current Biology" la semaine dernière : une étude a fait le buzz avec des pieuvres sous ecstasy…

Les scientifiques ont voulu savoir, si malgré nos différences anatomiques, nous avions conservé des liens évolutifs avec ces invertébrés. Nous partageons en effet avec les céphalopodes un ancien lignage qui nous a séparé il y a 500 millions d’années.

Des poulpes sous ectasy

Pour cette étude, les biologistes ont donc choisie Octopus bimaculoides, une espèce réputée asociale et solitaire en dehors des périodes de reproduction, afin d’étudier les mécanismes neurobiologiques à l’œuvre dans la sociabilité

Chez les humains on sait que l’ecstasy ou MDMA est une drogue qui provoque plus d’empathie et moins d’agressivité chez ceux qui la consomment. Elle agit en stimulant la production de sérotonine, une hormone qui régule l’humeur, et le bien-être. Ni une ni deux, les chercheurs ont voulu voir si avec une dose d’ecstasy, les pieuvres individualistes manifesteraient un peu de sociabilité. 

Et c'est ce qu'ils ont fait, pour observer si les fameux neurotransmetteurs de la sérotonine sont toujours partagés entre invertébrés et vertébrés. Et bingo ! En plongeant les pieuvres dans un récipient avec de la MDMA, les céphalopodes se sont mis à chercher le contact avec leurs congénères, ils sont devenus affectueux avec les mâles et se sont joyeusement câlinés les tentacules. 

Les chercheurs en ont conclu que l’ecstasy renforce aussi les comportements prosociaux chez la pieuvre et que le rôle de la sérotonine a été conservé au cours de l’évolution. 

Une expérience discutable

Outre le fait que de donner de la drogue à des animaux est très discutable, cette étude m’a laissé perplexe. J’ai donc appelé Laure Bonnaud Ponticelli, spécialiste des céphalopodes pour lui demander son avis.

Elle pense qu’il n’y avait aucune raison de conclure de cette façon-la. Les chercheurs n’ont en effet observé que le comportement des pieuvres alors qu’ils auraient dû faire des tests fonctionnels en dosant par exemple la sécrétion de sérotonine ou en observant le champ visuel de l’animal qui un indicateur important des effets de la drogue. Selon Laure Bonnaud Ponticelli, évolutivement, l’étude ne veut rien dire. 

Et de rappeler que ce que l’on interprète comme un câlin chez la pieuvre peut être totalement autre chose. L’anthropomorphisme de cette publication est dramatique. Comme si la science ne pouvait avancer qu’en comparant l’animal avec l’humain. 

Les effets de l’ecstasy sur l’homme sont très bien connus, alors, quel intérêt d’aller l’étudier chez la pieuvre ? On s’en fout un peu finalement. Et pourtant cette étude a fait le buzz sur les réseaux sociaux. 

La semaine prochaine, nous commenterons les résultats très attendus de deux études, la première concerne un poulailler sous cocaïne et la seconde un couple de gorilles homosexuels amateur de poppers et de pince à seins. Allez bisous ! 

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Les conclusions de l'expérience menée sur des pieuvres sous MDMA sont-elles valables ? © Getty / Nick Kopanas / EyeEm
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