À l’occasion de l'anniversaire des 50 ans de "Charlie Hebdo", Mathieu Vidard revient sur la place de l’écologie dans le journal.

Unes de la Gueule ouverte, et de Charlie Hebdo
Unes de la Gueule ouverte, et de Charlie Hebdo

Certains habitants de la petite commune de Saint Vulbas dans l’Ain se souviennent encore surement de ce 10 juillet 1971 lorsque des envahisseurs échevelés sont arrivés par milliers à bords de bus affrétés de toute la France pour s’opposer à la construction de la centrale nucléaire du Bugey. A la tête de ce rassemblement il y a Pierre Fournier, journaliste à Charlie Hebdo qui a fait de la lutte contre le nucléaire son cheval de bataille. 

La manif est baptisée "Bugey 01", clin d’œil au dessinateur Gébé également pionnier de l’écologie avec sa bande dessinée "L’an 01". 

Le rassemblement du Bugey est un succès avec 15 000 participants - pratiquement tous des lecteurs de Charlie.  

Lorsque naît le journal en 1970, une partie de la presse généraliste commence à s’engager en faveur de l’environnement avec une tonalité assez catastrophiste. C’est à cette époque que Pierre Fournier développe ses idées anti-nucléaires et pro végétarisme dans Hara Kiri et Charlie Hebdo

"Tout le monde se moquait de lui, mais on l’écoutait et il était respecté" racontait sa compagne à Reporterre en 2015. Cabu croque d’ailleurs la famille Fournier en mangeurs de carottes. 

Alors que la cause environnementale sort à peine des nimbes post-soixante-huitardes, raconte Reporterre, Charlie Hebdo se positionne comme le porte-parole de la lutte anti-nucléaire, de l’énergie solaire ou de la critique de la surconsommation. 

Tout le monde était écolo à Charlie ? 

Sous l’impulsion enthousiaste de Pierre Fournier, toute l’équipe - même les moins convaincus comme Wolinski - se met à parler d’environnement. Mais les discussions sont parfois très vives au sein du journal comme avec Cavanna qui était plutôt dans l’esprit des lumières et du progrès et qui reprochait aux écolos des positions "anti-science". 

Pierre Fournier lui était très critique des applications scientifiques comme dans le domaine de la chimie. 

Mais l’écologie prend tellement de place qu’en mai 1972, Cavanna décide avec le Professeur Choron de fonder un journal écologique et de le confier à Fournier. Son titre : "La Gueule Ouverte, le journal qui annonce la fin du monde".

Malheureusement Fournier décède au quatrième numéro et la Gueule ouverte va rapidement s’arrêter. 

Est-ce que Charlie a continué quand même à parler d’écologie ? 

Le journal ne s’est jamais arrêté en accompagnant le mouvement anti-nucléaire ou le combat contre le projet d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure en Meuse. 

Depuis 2010, Fabrice Nicolino assure une chronique régulière. Il s’intéresse particulièrement à des sujets comme les pesticides, les biocarburants ou l’industrie de la viande.  C’est lui qui a lancé en 2018 "Nous voulons des coquelicots", une campagne en vue de l'interdiction des pesticides de synthèse qui rassemble plus d’un million de personnes. 

Nous y reviendrons cet après-midi avec lui et Antonio Fischetti dans la Terre au carré pour parler écologie et science dans le cadre de cette journée anniversaire de Charlie Hebdo.

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