Il est souvent présenté comme le plus célèbre et le plus incompris des philosophes français. Mais le confinement pourrait bien avoir modifié les choses en offrant un nouvel écho à la pensée de Bruno Latour qui a été l’un des intellectuels les plus sollicités pendant cette période.

Alors que le gouvernement déclarait la guerre au nouveau coronavirus, les travaux de Bruno Latour ont permis de réfléchir à notre existence dans un contexte où la Covid risque de nous accompagner encore pendant un petit moment.  

Mais ça n’est pas de guerre dont il s’agit. Bien au contraire, l’époque serait plutôt à nouer des liens.  

En 1984 Latour publie « Les Microbes, guerre et paix »

Le livre raconte la découverte de microbes comme agents destructeurs de l’humanité dans les années 1870 par Louis Pasteur et comment ce pionnier de la microbiologie parvient à forcer l'entrée du microbe dans le monde social. Pasteur, dit Latour, « recompose la société différemment en mettant en lien les microbes, les poules, les moutons ou les vers à soie ».  

Quelques années avant Pasteur, Charles Darwin bouleversait lui aussi le monde en replaçant l’être humain non plus au centre de l’arbre du vivant, mais au milieu de toutes les autres espèces animales.  

Aujourd’hui, la pandémie nous dit la même chose : nous autres, humains, ne sommes pas déconnectés des autres organismes vivants.

Au contraire dit Latour, la continuité de l’existence est garantie par les relations que celle-ci entretient avec d’autres êtres. Il poursuit en affirmant que la crise actuelle nous oblige à recomposer la société différemment avec une « redistribution des rôles entre humains et non-humains ».  

L’urgence aujourd’hui est de mettre en commun nos connaissances pour comprendre la diversité des formes de vie que la Terre abrite.  

Lorsque Philosophie Magazine demande à Latour à quelle échelle il faut agir aujourd’hui, il s’exclame « à toutes les échelles ». Il faut passer du microbe invisible à Gaïa et d’une analyse micro à une analyse politique de l’anthropocène, cette époque marquée par l’impact des activités humaines.  

Ce rapport d’échelle est central pour Latour qui met en parallèle l’ampleur de l’épidémie de Covid avec la catastrophe climatique en cours.  

L’idée pour lui est de faire émerger un paysage qui prenne en compte les caractéristiques du « nouveau régime climatique ». Ce concept qu’il a forgé décrit la situation de tous les organismes vivants sur la planète. Et il ne se limite pas aux crises écologiques mais vise à orienter le débat vers une nouvelle politique pour la planète.  

La pandémie pourrait donc nous offrir l’opportunité de nouer des liens avec le terrestre pour changer le cours de nos vies. Et Latour de faire le pari que notre société se reconstruise autour des questions écologiques et climatiques.  

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