Dans l’édito carré, Matthieu Vidard nous raconte la mobilisation qui s’organise sur le front des morsures de serpents.

Le serpent venimeux Tropidechis carinatus, espèce endémique en Australie
Le serpent venimeux Tropidechis carinatus, espèce endémique en Australie © Getty / Byronsdad

On l’apprenait la semaine dernière l’OMS, l’organisation mondiale de la santé a décidé de lancer un plan pour réduire de moitié le nombre de morts et d’invalidités causées par les morsures de serpents. Et quelques jours plutôt, le Wellcome Trust une fondation caritative anglaise caritative dans le domaine de la médecine, annonçait un financement de 80 millions de livres sterling pour un nouveau programme de recherche visant à améliorer la qualité des sérums antivenimeux et à rechercher de nouveaux traitements. 

Bien qu’on ignore le nombre exact de personnes ayant eu la malchance de se faire happer par les crocs d’un serpents, on estime à 3 millions le nombre de victimes d’envenimations dans le monde. Chaque année, 138 000 personnes décéderaient des suites de leurs morsures et 400 000 autres souffriraient de handicaps majeurs tels que des amputations ou des séquelles fonctionnelles des membres. 

De nombreuses régions du monde sont concernées? 

La plupart des cas surviennent en Afrique, en Asie du sud Est et en Amérique latine. L’OMS précise que ce sont les femmes, les enfants et les agriculteurs dans les communautés rurales pauvres qui sont le plus souvent victimes d’un envenimement. 

Chacune des 250 espèces de serpents venimeux du monde produit un cocktail unique de toxines qui doit être neutralisé par un antivenin spécifique. Malheureusement ce sont dans ces régions du monde les plus pauvres que l’accès aux sérums antivenin est le plus difficile et souvent le plus cher. 

Des sérums ont en outre des données cliniques concernant leur efficacité qui font défaut. Ils sont souvent de très mauvaise qualité et dangereux en provoquant des réactions allergiques. Et cela est dû à la manière dont les sérums antivenimeux sont fabriqués. Ces produits sont spécifiques d’une région ou d’une zone géographique c’est la raison pour laquelle il est essentiel de bien choisir le sérum selon les serpents qui sont présents dans une région donnée. 

Comment sont fabriqués les sérums antivenimeux ?

Jean-Philippe Chippaux qui est chercheur en santé publique à l’institut Pasteur explique qu’on utilise le cheval pour fabriquer des anticorps. Un processus qui n’a pas changé depuis le 19ème siècle. 

Le venin provenant du serpent est injecté pendant plusieurs mois à faible dose à l’équidé afin de déclencher une réponse immunitaire. Les anticorps du sang du cheval sont ensuite récoltés et purifiés. Cette même opération est réalisée sur plusieurs chevaux avec plusieurs espèces de serpents. C’est le mélange des différents anticorps qui sera utilisé pour produire un sérum polyvalent.

Ce procédé de fabrication est extrêmement coûteux, c’est la raison pour laquelle les antivenins sont si chers. 

Un des volets du programme Wellcome sera justement de chercher des traitements plus accessibles. 

L’OMS quant à elle veut mener des actions de prévention auprès des personnes qui vivent dans des régions à serpents. L’envenimation, ce fléau mortel longtemps négligé est donc enfin en train d’être pris au sérieux. 

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