Alors que les scientifiques du monde entier sont actuellement engagés dans une course contre la montre pour mettre au point un vaccin contre le Covid-19, l’acceptabilité d’un tel traitement est loin de faire l’unanimité.

De nombreux experts ont en effet mis en garde contre une baisse mondiale de la confiance du public dans la vaccination et la montée de l’hésitation vaccinale, notamment en France, qui est l’un des pays les plus vaccino-sceptique au monde. 

Le sociologue du CNRS Jeremy Ward qui travaille sur le projet Coconel, mène depuis le début du confinement des enquêtes hebdomadaires afin d’étudier l’expérience qu’ont les Français de la pandémie. Et l’une des dernières études confirme cette forte hésitation vis-à-vis du futur vaccin contre le Covid-19. Les données révèlent en effet que si un vaccin était aujourd’hui disponible, un quart des personnes interrogées refuserait de l’utiliser. Ces résultats ont fait l’objet d’une publication dans la revue Lancetet ils suggèrent que cette méfiance pourrait devenir un problème si un vaccin était proposé au public.

Et qu’est ce qui explique ces réticences ? 

Jérémy Ward explique d’abord que les personnes qui rejettent toute forme de vaccination représentent en général 2 à 4% de la population. Mais "l’hésitation" vaccinale, elle, peut aller de 25% à 40% des Français en fonction des vaccins et des études.

Généralement, la méfiance concerne certains vaccins comme l’hépatite ou le papillomavirus, ceux qui contiennent de l’aluminium ou qui protègent de maladies rares. 

Mais pour le coronavirus, dans le contexte du confinement et avec autant de décès, les chercheurs ne s’attendaient pas à trouver une telle hostilité.  

Concernant ce vaccin, les motifs de refus sont les suivants : 17% des personnes interrogées estiment qu’un vaccin élaboré dans l’urgence est trop dangereux en raison du peu de recul concernant les possibles effets indésirables, 7% sont opposées à la vaccination en général et enfin 2% pensent qu’un vaccin est inutile car elles jugent le Covid-19 peu dangereux.

Selon la géographe Lucie Guimier qui est spécialiste des questions de vaccination, cette réticence s’explique aussi par le précédent créé par le vaccin contre la grippe H1N1.

Rappelez-nous ce qui s’est passé…

Ce vaccin qui a été développé très rapidement a aussi été à l’origine d’une augmentation du risque de narcolepsie chez les plus jeunes et cela a beaucoup marqué les esprits. 

Les craintes actuelles liées à la mise à disposition rapide d’un vaccin contre le Covid sont donc, selon la scientifique, compréhensibles. 

L’enquête de Coconel montre aussi que la réticence des Français s’explique par le manque de confiance à l’égard du gouvernement dans sa gestion de l’épidémie. La question des masques et des tests a beaucoup échaudé l’opinion. 

Afin d’éviter un rejet total de la population, les chercheurs du Lancet jugent "crucial" que le gouvernement communique suffisamment tôt en abordant, en toute transparence, les failles possibles et en montrant ce qui est fait pour garantir la sécurité du vaccin. 

Nous y reviendrons cet après-midi dans La Terre au Carré. 

  • Légende du visuel principal: Pourquoi cette réticence d'une partie de Français face au futur vaccin contre le Covid-19 ? © Getty / Stevica Mrdja / EyeEm
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