Il y a deux choses que les paléontologues adorent : ce sont les os et les dents. Ces parties dures de notre anatomie sont de véritables machines à remonter le temps. Et l’émail des dents est particulièrement intéressant.

Et si vos dents étaient des GPS ?
Et si vos dents étaient des GPS ? © Getty / DEA / G. CIGOLINI

L'émail des dents traverse en effet les siècles tout en conservant parfaitement les informations qu’il renferme au moment de la fossilisation. De véritables mémoires pour raconter l’environnement ou l’alimentation d’un individu. 

Alors comment est ce que cela fonctionne ?

Les scientifiques procèdent par exemple à l’analyse du strontium qui se retrouve piégé dans l’émail de la dent. Cet élément est caractéristique du lieu de vie, il est contenu dans les aliments et il est ensuite ingéré et incorporé dans l’émail. C’est la signature chimique d’un individu au moment du développement de sa dent. En comparant le strontium de l’émail avec le strontium de l’environnement, les scientifiques disposent d’informations capitales à la fois sur les aliments consommés par un homme préhistorique au sein d’un territoire mais aussi sur ses déplacements. La dent devient alors un véritable GPS !  

En 2015, une étude publiée dans la revue Nature a permis de révéler l’itinéraire emprunté au cours de sa vie par une jeune femme de l’âge de bronze dont la dépouille avait été découverte au Danemark. Le strontium de ses dents a permis de suivre précisément ses déplacements et de conclure qu’elle était morte à plus de 800 kilomètres de sa région natale. On se déplaçait donc déjà sur de longues distances il y a 3 500 ans.

Et si je vous parle des dents aujourd’hui, c’est qu’une nouvelle méthode basée cette fois-ci sur le zinc a été mise au point par des chercheurs de Leipzig et Mayence en Allemagne. Elle permet d’aller encore plus loin dans le passé afin d’étudier l’alimentation. Le zinc est un vrai jackpot pour les scientifiques car plus on est carnivore et plus nos dents fixent du zinc

Cette technique a pu être testée sur des mammifères retrouvés dans une grotte du Laos.

A quelle époque vivaient-ils ?  

Les fossiles étudiés datent du pléistocène supérieur il y a 13 500 à 38 400 ans. Il s’agit d’animaux tels que des buffles d’eau, des rhinocéros, des sangliers, des orangs-outangs ou des léopards. Habituellement, les fossiles retrouvés dans les régions chaudes et humides ne permettent pas de remonter très loin dans le passé en raison de la dégradation du collagène. Mais en traquant cette fois-ci le zinc dans l’émail des dents, les chercheurs ont pu dépasser ces limites et parfaitement identifier les régimes carnivores, herbivores ou omnivores de ces mammifères. 

Cette technique ouvre de grandes perspectives car elle pourrait permettre d’analyser des fossiles humains très anciens. Jean-Jacques Hublin rappelle que nos ancêtres vivaient en Afrique et que pour l’instant on ne sait rien sur ce qu’ils mangeaient il y a deux ou trois millions d’années. Le zinc présent dans les dents pourrait tout d’un coup lever le voile sur ces zones d’ombre et éclairer les préférences alimentaires des premiers humains. On vous en dit plus cet AM dans la Terre au Carré

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