Direction la forêt amazonienne pour découvrir une jeune discipline scientifique : l’éco-acoustique.

Toucan dans la forêt amazonienne
Toucan dans la forêt amazonienne © Getty / Long Zhiyong

Et ce matin Nicolas, je vous emmène en pleine forêt amazonienne. Camarade Manoukian si vous voulez nous accompagner avec nos amis auditeurs ça devrait vous intéresser. 

Nous sommes en Guyane dans la réserve naturelle des Nouragues. Imaginez des magnétophones automatiques installés directement sur les branches des arbres et programmés pour capter les sons de la nature. 

L’ambiance qui réveille vos oreilles en ce moment a été enregistrée par Jérôme Sueur qui est éco-acousticien au Muséum national d’histoire naturelle

Dans un article passionnant qui est en ligne sur le site The Conversation, et que vous pouvez lire tout en écoutant différents paysages sonores, Jérôme Sueur explique qu’il installe ses magnétophones là où la biodiversité est particulièrement intéressante et souvent menacée : forêts, savanes, fonds marins, champs agricoles ou récifs coralliens. En véritable espion de la nature, il observe sans être vu ni entendu. 

Sauf qu’au lieu d’enregistrer les animaux solistes, l’éco-acousticien préfère capter tout l’orchestre, c’est-à-dire l’ensemble des sons émergeant d’un paysage naturel.

Ces paysages deviennent de véritables compositions qui produisent de longues partitions sonores comme dans ce paysage méditerranéen dans lequel vous entendez trois espèces de cigales ainsi que le guêpier d’Europe un magnifique oiseau multicolores.

On peut donc mesurer la biodiversité par ce procédé ? 

Oui, et dans un contexte ou de plus en plus d’espèces d’oiseaux ou d’insectes connaissent un effondrement de leurs populations, l’éco-acoustique est une alliée précieuse. 

Jérôme Sueur dit observer actuellement une homogénéisation sonore de la nature. 

En France métropolitaine, certains oiseaux se font plus rares au profit d’espèces comme le rouge-gorge, le merle ou le pinçon qui s’adaptent mieux aux changements. 

Mais les éco-acousticiens entendent aussi de nouveaux sons comme par exemple le chant de la perruche à collier, une espèce envahissante de plus en plus présente en Ile de France. 

L’artiste américain Bernie Krause qui a travaillé sur le concept d'écologie du paysage sonore, a recueilli des données depuis de très nombreuses années et il affirme que l’on assiste aujourd’hui à un appauvrissement acoustique. Mais pour en être sûr il faudrait pouvoir suivre l’évolution des paysages sur de longues périodes précise Jérôme Sueur. Comme avec les photos. Et c’est justement ce qu’il fait actuellement en enregistrant des récifs coralliens qui subissent le changement climatique.

Va-t-on constater une homogénéisation des sons ?

Ces habitats marins qui abritent des poissons, des mammifères marins mais aussi des oursins et des crustacés produisent une grande diversité sonore. A l’aide d’hydrophone - des microphones immersibles – il est possible d’estimer les variations écologiques au cours du temps comme dans ce récif de la Nouvelle-Calédonie. 

Dans tous les milieux, les modifications qu’elles soient climatiques, liées aux activités humaines ou à la pollution  entrainent toujours de forts changements acoustiques.

Il est donc important de prêter l’oreille à ces écosystèmes pour que le Printemps  ne devienne pas silencieux pour reprendre la biologiste Rachel Carson

► L’éco-acoustique, on vous en dit plus cet Après-midi dans la Terre au carré pour écouter par exemple ces toucans en Amazonie…

Dans une forêt tropicale
Dans une forêt tropicale © Getty / Tsvi Braverman / EyeEm
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