Ironie du sort, c’est en 1770 à 500 mètres de l’actuel site de Lubrizol qu’a lieu la première grande pollution industrielle en France

Photo de l'usine Lubrisol en feu, le 26 septembre 2019
Photo de l'usine Lubrisol en feu, le 26 septembre 2019 © AFP / Philippe Lopez

L’incendie de l’usine Lubrizol a fait resurgir les risques industriels mais aussi la portée historique d’un tel événement. 

Car même si le XXème siècle a été marqué par des catastrophes qui restent dans toutes les mémoires comme Seveso en Italie, Bhopal en Inde ou AZF à Toulouse en 2001; la prise de conscience concernant les risques liés aux accidents industriels remonte à bien plus loin. Et ironie du sort, c’est en 1770 à 500 mètres de l’actuel site de Lubrizol qu’a lieu la  première grande pollution industrielle en France comme le rappelait l’historien Thomas Le Roux dans le Monde il y a quelques jours. 

L’accident se déroule dans une manufacture d’acide sulfurique et provoque une pollution de grande ampleur en détruisant la végétation et en menaçant la santé publique. Deux ans après ce sinistre, apparaissent les premières régulations environnementales en France.

La prise de conscience du danger industriel n’est donc pas récente…

Non puisque l’arrivée de la première usine à Rouen en 1768 fait aussi naître les premiers conflits comme le raconte l’historien Jean-Baptiste Fressoz dans un ouvrage L’Apocalyspe joyeuse publiée en 2012. A cette époque déjà, on pense que l’environnement est le déterminant essentiel de la santé des populations. Dès les années 1800 des pétitions signées par les riverains et les médecins Normands dénoncent les risques sur la santé des personnes et prédisent d’énormes catastrophes sanitaires. Les réactions sont très virulentes. Mais rien n’y fait. Les usines parviennent à s’implanter durablement. 

Et à la même époque, les industriels demandent un nouveau cadre légal afin de sécuriser leur capital. En 1810 un décret met en place le système d’autorisation administrative et le principe du pollueur-payeur qui leur permet de compenser financièrement les dommages environnementaux sans risquer de voir leur droit d’exercer supprimé. 

Avec ce décret, les industriels peuvent polluer quasiment autant qu’ils le veulent puisqu’ils n’ont plus à craindre la justice pénale en cas de sinistre. Selon Jean-Baptiste Fressoz, ce décret représente en réalité un droit à polluer qui est tout l’inverse d’une loi écologique. 

Aujourd’hui, qu’en est-il ? 

Les grands principes de la régulation des risques n’ont pas tellement changé depuis ce décret puisque l’autorisation se prolonge toujours. Et même si les industries ont amélioré leurs conditions de sécurité et que les accidents sont finalement peu nombreux, le risque n’est pas forcément mieux maîtrisé

Et Jean Baptiste Fressoz de conclure que derrière cette question des risques c’est en réalité toute la question de la fin de l’industrie pétrochimique en France qui est à penser alors que notre pays s’est engagé à décarboner son économie avant 2050. 

Il rappelle que derrière une catastrophe comme Lubrizol, c’est tout le fonctionnement normal de cette industrie qui est nocif et qui menace à la fois la santé des populations et notre environnement. Jean-Baptiste Fressoz sera l’invité de la Terre au Carré cet Après-midi. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.