Les scientifiques, qui ne sont jamais à court d’idée pour tester l’intelligence des animaux, viennent donc d’ajouter un petit poisson à la liste des bestioles capables de se reconnaître dans un miroir.

Être conscient de soi ou non

Ce test mis au point dans les années 70 par le psychologue américain Gordon Gallup vise à comparer les aptitudes de différentes espèces à avoir conscience d’elles-mêmes. 

Pour cela, les expérimentateurs placent subrepticement sur la tête de l’animal une marque colorée qu’il ne peut pas voir en vision directe. La bête ainsi affublée est installée devant une glace. 

Si l’animal manifeste des mouvements inhabituels ou qu’il tente de retirer la marque, c’est qu’il a pigé que l’image dans le miroir était la sienne ! Mais les résultats ont souvent été décevants. 

Et parmi les rares espèces ayant réussi, citons l’éléphant d’Asie, le dauphin, le cochon, la pie et bien sûr quelques primates comme le chimpanzé ou le gorille. Nos chiens et nos chats, eux, s’en fichent complètement.

Le labre nettoyeur commun

S'ajoute aujourd'hui à cette liste des animaux qui se reconnaissent dans le miroir le labre nettoyeur commun, un petit poisson très sympa des mers tropicales. C’est un peu le bon copain qui rend service aux gros poissons en les débarrassant de leurs parasites et de leurs peaux mortes. 

Les scientifiques ont d’abord placé ces poissons dans des bassins individuels tous équipés de miroirs. Très contrariés, les labres qui sont archi territoriaux ont attaqué le miroir pensant qu’il s’agissait d’intrus venus squatter chez eux. Mais rapidement ils se sont comportés de manière inhabituelle en exécutant des danses rapides devant la glace, comportement qui n’avait jamais été observé auparavant.

Les chercheurs leur ont ensuite injecté un gel coloré sur la tête et là, les labres ont commencé à passer plus de temps devant le miroir ; certains d’entre eux essayant même de supprimer la marque. 

Si pour les chercheurs il ne fait aucun doute que ces poissons ont conscience de leur propre image, certains sceptiques affirment qu’ils pourraient confondre les taches avec les parasites de leurs congénères ! Ah les rabat-joie ! 

Différents niveaux de conscience de soi

Cependant rappelle l’éthologue Franz de Waal, il existe de nombreux stades de compréhension. Et la conscience de soi se développe comme un oignon, couche après couche. 

Chez les enfants humains par exemple on note de fortes variations d’une culture à l’autre. Chez les petits occidentaux où les miroirs sont nombreux, les enfants se reconnaissent dans la glace dès l’âge de 18 mois. Alors que les kids des îles Fidji ou du Kenya peuvent attendre jusqu’à 6 ans avant de s’identifier. Et pourtant, ils ont conscience d’eux-mêmes bien avant.

Soyons donc prudents : le test du miroir n’est pas le critère ultime de la conscience de soi ni du degré d’intelligence d’une espèce. 

Saluons néanmoins avec respect le poisson labre qui avec son tout petit cerveau fait son entrée dans le club très fermé des vainqueurs de ce test. 

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Labroides dimidiatus © Maxppp / imagesandstories/picture alliance / blickwinkel/i/Newscom
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